JRS100- Rugby – REC : César Baudin bien décidé à soigner son aventure rennaise

Cesar Baudin
César Baudin, un renfort de poids pour le REC @Crédit Photo JRS

Difficile de passer à côté du gaillard. Grand, élancé, fort, la moustache soignée et saillante, César Baudin en impose. En quelques matchs seulement, il a déjà mis tout le monde d’accord et sera l’un des tauliers de ce REC nouveau. Un vrai renfort, aussi clinique et précis sur le terrain qu’en dehors, où son métier d’infirmier ne tolère pas non plus l’approximation et l’improvisation.

La solidarité niortaise à l’œuvre. Arrivé en Bretagne depuis quatre mois, César Baudin, ancien capitaine du RC Niort, a pris ses quartiers dans l’ancien appartement, Perrine Petiot, championne de France de handball de D2 avec Saint-Grégoire l’an passé : « J’ai connu Perrine quand elle jouait à Celle-sur-Belles. Quand elle a su que j’arrivais à Rennes, elle m’a immédiatement appelé et dit qu’elle quittait son appart et prenait sa retraite. J’ai donc pris la suite ! »

Niort et le sport, ses champions donc, mais aussi ses désillusions : « C’est terrible de voir cela… Il y a quelques années, il y avait les Chamois le vendredi soir en foot, les filles du hand le samedi soir et le dimanche matin, le marché, avant de filer au rugby… Aujourd’hui, plus rien… »

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Deux blessures mais malgré tout, un maillot Bleu puis un autre, jaune et noir

Avec un papa rugbyman ayant évolué à Niort et Angoulême, une maman dans la voile, un papy dans la boxe et une mamie dans le basket, le petit César ne pouvait pas échapper à un destin sportif. Le rugby l’emporte et les gammes sont faites avec talent et efficacité.

Une évolution dans l’insouciance puis plus sérieuse au moment d’entrer en sport-études à Tours avant, à 16 ans, de connaître un premier tournant, en rejoignant La Rochelle en U16. Un changement de décor, d’ambition et de monde : « Marcel Deflandre, les plaques d’immatriculation avec l’écusson du club, cette ferveur jaune et noir… Plus jeune, j’allais déjà les voir avec mon père alors porter ce maillot, même en jeune, si ça ne te motive pas… »

Pour autant, l’adaptation n’est pas simple : « L’internat, mon côté peut-être trop gentil avec tout le monde, à penser aux autres avant de penser à moi, tout n’a pas été simple mais je me suis accroché et j’ai beaucoup appris. »

Rapidement, César est repéré et intègre même les Bleus dans sa catégorie, à deux reprises. Hélas, les deux fois, de grosses blessures l’empêchent de s’exprimer, avec plusieurs mois d’absence à chaque fois, même si, à force de boulot, il porte enfin ce maillot bleu en U17 de retour de sa blessure.

De quoi nourrir des regrets ? « Sincèrement, non. De par la structure espoir où nous étions, nous avions l’avantage d’être vus pour les sélections mais il y avait beaucoup de monde à mon poste. D’avoir déjà porté ce maillot est une vraie fierté, je suis heureux de l’avoir vécu. » Après le BAC, le niortais signe avec les Espoirs Rochelais.

Le monde pro pas si loin

Le TOP 14 n’est plus si loin, le monde pro non. A côté, César prépare aussi l’avenir hors terrain, avec des études d’infirmier. L’époque Covid, où les jeunes appelés « craignent autant la boulette à l’entraînement avec les légendes du club qu’un test PCR qui priverait de la session… »

Après avoir fait la préparation lors de sa première saison Espoir avec les pros, il récidive lors de la seconde, intégrant même un groupe « élargi plus », où sa chance peut venir dans l’année, au gré des blessures. Ce sera le cas, en fin de Top 14, avec des feuilles de matchs et entrées, à Brive et Montpellier :

« A chaque fois, le titulaire se blesse au bout de 20 minutes et je me retrouve à jouer une heure. C’était génial, malgré deux défaites mais c’est passé si vite… Tout est accéléré à ce niveau, on a à peine le temps de réaliser. Tu te retournes, tu as Uini Atonio à côté de toi… Forcément, cela reste pour toujours… »

 Néanmoins, les « Jaune et Noir » ne donnent pas suite à l’aventure, la faute à un prêt pourtant souhaité ne pouvant satisfaire le joueur et le club rochelais. Le train du rugby pro à 100 % est passé et César fait alors le choix du cœur :

« Niort m’a contacté, nous avons décidé et leur projet était de monter, en partant de la Fédérale Une, avec un très beau projet. Ils ont tout fait pour me mettre au centre de ce projet, connaissant mes attaches pour mes racines, ma ville et j’ai dit oui. »

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« J’apprends tellement de mes patients… »

Le rugby s’associe alors à la vie professionnelle médicale. Pas une évidence, au premier abord : « Comme ça, à froid, beaucoup se demandent comment faire cohabiter mon métier et le rugby et pourtant il y a énormément de points communs.

Le rugby est une soupape quand mon métier m’impose des moments très durs et me permet de me lâcher, d’évacuer des émotions qui sont parfois très difficiles à contenir, à gérer. Et inversement, quand une défaite ou une période au rugby est compliquée, je relativise. »

Avant de préciser : « Infirmier, c’est de la précision dans tous tes actes et gestes, comme au rugby, c’est un travail d’équipe où l’on a besoin de tout le monde. Là aussi, comme au rugby… Mais c’est aussi de l’humain, avec des situations parfois très compliquées. Je fais mon maximum, comme sur le terrain, pour soulager, accompagner du mieux. J’apprends tellement de mes patients. Aujourd’hui, l’équilibre entre les deux est parfait. »

Pendant cinq ans, il vit à Niort cette vie épanouissante, couronnée de succès sur le terrain avec Niort, ce malgré le titre de champion perdu face à Rennes, justement, mais compensé malgré cela par la montée dans le match de barrage suivant contre Langon : « C’est mon meilleur souvenir, forcément, un aboutissement pour tout un groupe, un projet. Nous avions su réagir après la déception de la défaite face au REC. »

Le REC cochait toutes les cases

Un grand moment, avant un autre, bien plus terrible en début d’année 2026. Alors 7ème de Nationale, l’équipe apprend la liquidation du club pour raisons financières, du jour au lendemain, laissant joueurs, famille des joueurs, bénévoles et supporters sur le carreau, sans vraie réponse : « Sincèrement, Niort est un petit village et j’en ai tellement entendu. Il est difficile, aujourd’hui encore, de démêler le vrai du faux mais la certitude, c’est que cette fin est un énorme gâchis et que cela aurait pu être évité… »

L’affaire fait grand bruit dans le monde du rugby et César Baudin ne reste pas longtemps sans sollicitation. Rapidement, Kévin Courties contacte le joueur et le courant passe entre les deux hommes. Très vite, le REC Rugby apparaît comme le point de chute idéal : « Je reste proche de ma région, c’est un vrai plus. Ceci ajouté au projet du REC a fait que toutes les cases étaient cochées. »

Début mai, l’affaire est validée et le joueur vient donc poser ses valises pour endosser la tunique réciste.  L’adaptation est express, sur comme en dehors du terrain, avec deux essais lors des quatre premiers matchs et des repères rapidement là : « Nous avons perdu trois des quatre premiers matchs mais hormis Vienne, nous avons à chaque fois offert du jeu, déployé de très belles séquences. J’ai hâte d’attaquer le second bloc, que nous puissions passer à la caisse et nous récompenser du travail réalisé. »

La moustache, un pari perdu qui est resté

Une ambition sportive pour récompenser aussi la vie d’un groupe visiblement déjà bien huilée : « Ce groupe est vraiment différent de ce que j’ai connu avant, avec un mélange de profil, d’origines, de métiers aussi avec nos pluriactifs. C’est une grande richesse, dont je me nourris et me régale, avec des gars si différents et beaucoup de dingues (rires). Nous n’oublions pas de rigoler, c’est sûr même si quand il faut envoyer, on envoie… »

De quoi se friser la moustache, à coup sûr. Mais d’ailleurs, pourquoi celle-ci, si soignée et reconnaissable ? « J’ai fait beaucoup de trucs, plus ou moins réussis, avec mes cheveux, y compris le mulet… La moustache, je l’ai eue seule après avoir perdu un pari qui m’obligeait à couper la barbe qui allait avec… Depuis je l’ai gardée. » Un choix gagnant, un style unique pour une belle histoire à suivre de près !