Début juin prochain, au moment de tirer le rideau sur un exercice 2024-2025 désormais promis à être très compliqué jusqu’au bout, cette triste soirée du 27 février sera, espérons le, oubliée, grâce à un maintien validé à Istres ou, mauvais scénario, au cœur d’une immense déception portant le sceau d’une descente, dont la soirée de ce jeudi aura été l’une des étapes clés.
Seul l’avenir le sait mais une certitude, ce troisième revers de rang en 2025 face à la lanterne rouge du championnat qui n’avait jusque-là gagné qu’un match, fait tâche et enlise le CRMHB dans une crise de confiance et de résultats profonde.
Une remontada presque réussie mais…
Contrairement à la claque reçue quelques jours plus tôt face à Saint-Raphaël, il y a cette fois-ci eu match. Un peu d’émotion, d’orgueil, oui, du jeu non… La remontada amorcée et presque réussie en seconde période redore un peu le blason terne d’un match de bas de tableau mais l’ensemble est insuffisant.
Alors que l’affaire était plus que mal engagée, 10-14 à la pause, puis 11-18 après une entame de seconde période raté, Cesson y a cru. Refusant d’abdiquer, les Bretons ont alors mis tout ce qu’ils avaient, avec le cœur et le refus de s’effondrer devant un public une nouvelle fois admirable de soutien et de résilience.
Sous l’impulsion de Théophile Caussé, les Cessonnais sont même passés devant, pour la première fois du match, à la 57′ (29-28). L’affaire pouvait prendre un tout autre tournant puis une exclusion temporaire pour les deux dernières minutes de Robin Molinié, un échec au tir pour Xavier Labigang quelques instants plus tard pour égaliser à 30-30 puis une ultime contre-attaque ont plié l’affaire (29-31).

La remontada était là, presque réussie, presque validée, mais seulement presque… Les fameux petits détails, qui n’en sont plus aujourd’hui, tant les erreurs sur le terrain se sont multipliées, et un nouvel échec à domicile rappellent alors tout un club à sa réalité actuelle, compliquée et difficile à vivre, d’équipe doutant pour qui rien ne tourne dans le bon sens.
Trop d’erreurs pour gagner un match de Starligue
C’est certain, l’histoire ne retiendra pas, côté handball, une rencontre entre deux formations en mal de points mais aussi mal en point. Ivry, remué par l’incendie ayant ravagé l’historique Delaune, n’a clairement pas flambé même si les joueurs de Didier Dinart ont eu le mérite de jouer leur chance à fond.
Avec les limites étant les leurs mais sans s’ajouter de handicaps au fil du match, les Franciliens ont à la fois justifié leur classement mais aussi démontré qu’ils entendaient bien vendre chèrement leur peau chaque week-end.
Les Cessonnais, eux, ne se sont pas simplifié la tâche, ratant leur entame, très proche de celle réalisée contre Saint-Raphaël mais corrigée à tant, vu Ludwig Appolinaire exclu au bout de quinze minutes pour avoir touché le visage d’un adversaire mais aussi multiplié les pertes de balles, 12 au total, sur des ballons pourtant précieux.
Sébastien Leriche, après match, voulait retenir l’état d’esprit : « J’ai vu une équipe qui avait un état d’esprit remarquable, de la générosité. C’est dur de perdre mais il faut capitaliser sur l’état d’esprit. En revanche, c’est dans jeu, ça n’a pas été simple.
La gestion des moments importants, les temps faibles. Ce soir, tout le monde s’est mis au service du club mais ça n’a pas suffi. Il reste beaucoup de matchs, un maintien se joue jusqu’à la fin, on va se battre pour prendre des points. Tout va revenir à partir du moment où l’on va gagner. »

Pas ou trop peu de tirs de loin, des initiatives rares, une défense qui n’a pas su trouver la solution face à Zaepfel et Alemeida (7 buts ) et des joueurs trop inconstants d’un quart d’heure à l’autre. La défaite sanctionne donc logiquement une nouvelle production globalement pauvre, dont on retiendra le sursaut d’orgueil en seconde période.
Insuffisant pour gagner un match de Starligue néanmoins… Que faire alors, pour retrouver le jeu, l’allant, la cohésion et la confiance individuelle exprimée dans un collectif solidaire ?
Des choses avaient été tentées et cette fois-ci, hors du parquet, avec le coach au cœur de la soirée malgré lui. Suite à la déroute raphaëloise du samedi précédent, sa mise en retrait sur cette rencontre, assis sur sa chaise et à l’écart de tous les temps mort durant la partie, a interpellé toute l’assistance.
« J’ai mis mon égo de côté au service du club «
En conférence de presse, il a détaillé l’option du soir : « Nous avions fait le choix d’essayer de jouer la carte de l’alternance, après des échanges avec les joueurs et les dirigeants. Collectivement, c’était peut-être le moment de changer un peu. J’étais d’accord, on s’est mis ok avec Yann toute la semaine pour qu’il entraîne l’équipe et que je sois en retrait ce soir. C’était un choix stratégique qui malheureusement, n’a pas payé. »
Forcément touché mais toujours bien debout et déterminé, le coach n’est pas celui qui déposera les armes : « Si j’ai toujours les mots ? Des mots, je ne sais pas mais ce que je sais, c’est qu’on se creuse la tête tous les jours pour trouver la solution. Ce n’est peut être pas une question de mots. Nous sommes tous ensemble dans la difficulté, moi le premier. J’accepte ce soir de m’asseoir, j’ai mis mon égo de côté, au service du club. »
Avant d’enchaîner : « La plus grande priorité, c’est le CRMHB, son intérêt, rien d’autre. Je suis au service de ça, ma petite personne ne compte pas ce soir. Je suis très déçu du résultat de mes joueurs. Je reste l’entraîneur de cette équipe. Cette position là, en retrait, m’a permis d’être un peu plus lucide, avec la tête froide.
J’ai découvert cela ce soir, je comprends mieux aussi pourquoi au rugby, l’entraîneur est en tribune et cela permet de voir d’autres choses.
La présence de Romain Briffe sur le banc ? Cela faisait partie du plan de route. Dans la stratégie globale, j’échangeais avec Romain et l’on transmettait à Yann, afin d’avoir la meilleure analyse possible et que lui puisse apporter son dynamisme, son impact sur le groupe et cela n’était pas loin de marcher. »
« Quand une équipe gagne, c’est grâce aux joueurs, quand elle perd, c’est à cause de l’entraîneur… »
Une option retenue, donc, et portée par la direction et les joueurs, non payante pour le soir. La traduction aussi, d’une défiance ou d’une cassure avec le groupe ? Le raccourci est tentant et la question posée au coach. Là aussi, la réponse est posée, et le champ de réflexion ouvert : « Encore une fois, ce n’est pas Sébastien Leriche le sujet. La volonté de ce choix était de casser la routine. Mettre les joueurs dans une zone de confort la plus importante possible, qu’ils se sentent concernés.
Je suis rassuré de voir que les joueurs étaient à fond même si je l’aurais mieux vécu si on avait gagné. Si j’ai accepté de faire cela, c’est parce que j’ai été aussi d’accord pour le faire ».
De là imaginer la fin de l’histoire, tout simplement ? : « Ce n’est pas à moi de répondre à cette question. Ce que je peux vous dire, c’est que la direction du club ne m’a pas évoqué qu’elle ne comptait pas sur moi. J’ai ma part de responsabilité, tout le monde l’a mais ce soir, ce n’est pas mon problème de savoir s’il y a un problème Sébastien Leriche. »
« Tout le monde en sortirait grandi »
Prolongé à l’automne dernier jusqu’en 2027 et donc au cœur du projet si l’on suit la direction prise par l’état major du club, le sujet n’en est donc pas un. Passé un peu plus tard en salle de presse, Stéphane Clémenceau le confirme, auprès de nos confrères de Ouest France : « L’avenir du coach ? On l’a prolongé de deux ans. Après j’ai été clair avec lui dans la discussion. Je lui ai dit que s’il avait des envies de quitter la situation, on le respecterait.
Mais de notre côté, on ne l’envisage pas. Je suis pas un grand fan de ça, moi. Pour Seb, c’est dur mais c’est honnête de reconnaître un moment de difficulté. Je lui ai dit que si on s’en sortait en ayant œuvré comme ça, tout le monde en sortirait grandi ».

Au-delà du coach, c’est aussi sur et autour du terrain que doit se poser la loupe. Stéphane Clémenceau enchaîne : « Ce n’est pas l’entraîneur qui perd les ballons, loupe les contre-attaques. Quand une équipe gagne c’est grâce aux joueurs, quand elle perd, c’est l’entraîneur. C’est ingrat? Nous on essaie d’offrir un maximum de solidarité, de confort et d’accompagnement dans ce qu’on fait. On est ensemble, on fait les choses ensemble. »
Le coach lui, admet un niveau aujourd’hui en adéquation avec ce que propose l’équipe, une réalité loin d’une huitième ou dixième place évoquée encore en octobre dernier : « Dans le jeu, aujourd’hui, nous sommes en difficultés, c’est un fait. Pour plusieurs raisons. On se cherche, on manque de confiance.
Cette « saloperie » de première mi-temps contre Saint-Raphaël nous a fait très mal, elle nous a tués, mentalement. Notre égo a été touché, fort. On savait que ce serait très dur. Ca l’a été même si malgré cela, il y avait quand même la place… »
Qui pour conduire l’équipe à Aix, jeudi ?
Factuellement, Sébastien Leriche reste sans débat l’entraîneur du CRMHB et devrait le rester, tant par sa volonté de réussir que par l’impossibilité du club d’envisager une autre solution. Egalement, donc, si l’on suit le président cessonnais chez OF, que par la volonté du club de protéger et ménager son entraîneur. Néanmoins le sport le rappelle toujours, les certitudes n’existent pas.
Pour autant, le choix du jour sera-t-il reconduit jeudi prochain à Aix ou sur une plus longue période ? Le président répond, toujours chez Ouest France : « On a arrêté ce mode de fonctionnement pour un temps qui n’est pas défini ». Du côté du coach, pas plus de visibilité sur la question : « Je n’en sais rien, on va discuter et on verra. Ma relation avec mes collègues du staff ?
C’est dur pour nous trois, on prend tout pour nous, on souffre oui et c’est plus compliqué au quotidien, en conséquence de la situation que l’on vit. Ce soir, j’ai accepté quelque chose car j’étais convaincu que ça pouvait marcher. Maintenant, il faut avancer, continuer. »
Comme l’introduisait en salle de presse un Théophile Caussé très affecté, désormais, « plus de place pour les paroles, il faut gagner des matchs, peu importe la manière ». Pas sûr qu’Aix soit la meilleure destination pour y parvenir mais Ivry, pourtant désigné comme adversaire idéal, a démontré que Cesson doit omettre l’adversité et se concentrer sur son jeu, ses possibilités.
Il faudra ainsi compter avant tout et uniquement sur un mental irréprochable mais aussi une performance technique sur le terrain de meilleur niveau pour gagner de nouveau enfin en Starligue et sortir par la même occasion d’une impasse de plus en plus crispante à tous les étages.
