Cet été, Jérémy Jacquet fera ses valises pour Liverpool après seulement 33 matchs disputés avec son club formateur, Rennes. D’autres avant lui ont aussi brillé très fort mais peu de temps en « Rouge et Noir ». Décryptage d’un cas devenu habitude, illustrant parfaitement les maux actuels du football français.
Beaucoup d’apprentis « experts-comptables » se frottent les mains et voient les « grosses affaires », avec des indemnités de transfert mirobolantes se succédant années après années. Dernière en date, Jérémy Jacquet, partant pour Liverpool en juillet prochain pour près de 60 M€… D’autres voient la marque des grands qui transfèrent leurs « pépites » aux gros du monde footballistique. Et il faudrait presque dire merci… La réalité, est à mi-chemin entre réalité économique du football français déclinante, trading et opportunisme, comme partout ailleurs.
Depuis le début des années 2000, le Stade Rennais est l’un des fleurons de la formation française. La France, ce beau pays où Anglais, Espagnols ou Allemands viennent se servir à volo depuis plus d’une vingtaine d’années. La liste des joueurs formés ou passés par Rennes pour leurs premiers pas en Ligue 1 est folle : le Ballon d’Or en titre, Ousmane Dembelé, Désiré Doué, double buteur en finale de la Ligue des Champions avec le PSG, Eduardo Camavinga, depuis 2021 au Real Madrid mais aussi les Sylvain Wiltord, Ousmane Dabo et Mickaël Silvestre, Jimmy Briand, Yann M’Vila et Yoann Gourcuff, pour ne citer qu’eux.
Près de 90 M€ pour Jérémy Jacquet et Kader Meïté, comment refuser ?
Des garçons ayant tout de même, pour la plupart, brillé en Ligue 1 avec Rennes. Mais le phénomène ne faiblit pas avec une nouveauté, la rapidité des passages en équipe première pour des joueurs revendus à prix d’or sans avoir marqué réellement de leur empreinte l’histoire « rouge et noir ». Des passages éphémères, comme ceux de Mathys Tel, Jeanuël Belocian, Mathis Abline, Andy Diouf, Sacha Boey ou Brandon Soppy.
Autant de garçons n’ayant pas plus de deux saisons au grand maximum passées en Ille-et-Vilaine dans le groupe pro et revendus avec de très fortes plus-values. En près de dix ans, le Stade Rennais a ainsi vendu pour 293 M€ de joueurs formés au club avec moins de 100 matchs disputés sous les couleurs de leur club formateur. Derniers exemples en date, Jérémy Jacquet et Kader Meïté. Le premier, pourtant envoyé en prêt à Clermont par Julien Stéphan, est revenu en patron en janvier 2025 pour partir un an et demi plus tard, grâce à une trentaine de matchs de Ligue 1 plutôt réussis.

La somme, 60 M€, est totalement folle, basée sur un marché totalement déréglé par les clubs anglais et leurs moyens hors sols. Une offre impossible à refuser, pour le club comme pour le joueur. Ce dernier « vaut-il » cela ? Va-t-il pouvoir justifier sur le terrain, malgré son jeune âge et les compliments accompagnant son potentiel, un tel investissement ? Rien ne l’assure, n’étant pas Raphaël Varane qui veut en quittant Lens pour le Real Madrid et la carrière que l’on sait.
Une crise des droits TV à laquelle le Stade Rennais n’échappe pas
Toujours est-il qu’aujourd’hui, le Stade Rennais ne peut (veut) pas – ou plus – garder ses joueurs. Un problème de pouvoir, de moyens, de détermination ? Ou tout simplement la loi du marché, la loi du plus fort ? Un peu de tout cela probablement. La faute aussi à un train de vie resté calé sur les standards des années coupe d’Europe au niveau salarial et structuration mis à mal par une crise des droits TV à laquelle le Stade Rennais n’échappe pas. Il faut vendre pour rester à l’équilibre et quoi de mieux, pour cela, que la valorisation de garçons formés au club.
Avec cette réalité de 2026, Jérémy Jacquet est donc un « sacrifice » indispensable ou presque pour les finances du club, auquel s’ajoute le départ de Kader Meïté, pour près de 30 M€ vers l’Arabie Saoudite en janvier dernier. Deux opérations hors normes, l’attaquant ayant lui disputé seulement 19 matchs avec les « Rouge et Noir ». Les joueurs s’y retrouvent, forcément, avec des émoluments très largement revus à la hausse mais quid du sportif ?
Si Jérémy Jacquet, qui peut logiquement ambitionner les Bleus à terme, va forcément progresser à Liverpool, une ou deux saisons pleines en plus en Bretagne n’auraient sans doute pas été de trop. Kader Meïté, lui, peine à trouver du temps en Arabie Saoudite dans un championnat de piètre niveau. Certes, le portefeuille se remplit mais la compétitivité et le niveau, eux, sont forcément désormais de vraies interrogations à l’heure où il faudra rentrer en Ligue 1.
D’amour ou lien au maillot à des carrières et entreprises à gérer
L’attachement au maillot, la construction d’une équipe et d’une identité, autant de thématiques aujourd’hui balayées par la culture de l’instant mais surtout, les besoins financiers des clubs comme des joueurs. Rennes, ne pouvant offrir la lutte pour le titre à ses joueurs ni les retenir malgré de très bons salaires dispensés, doit donc, comme tout le football français, exception faite du PSG, se résoudre à former pour vendre, ne profitant que trop peu de temps des talents pour lesquels il a beaucoup travailler en amont pour peu de bénéfices via le terrain.

Tout le monde aurait aimé voir évoluer ensemble, une ou deux saisons, Eduardo Camavinga, Désiré Doué, Jérémy Jacquet, Lorenz Assignon, Andy Diouf et Lesley Ugochukwu mais cela n’est plus possible. Comme partout ailleurs, dès qu’un jeune joueur émerge et enchaîne quelques performances en équipe fanion, sa cote grimpe et il devient un actif à valoriser au maximum. Le football français en est arrivé là, préférant continuer de mener grand train sur des salaires de joueurs recrutés ailleurs et parfois guère plus performants que les jeunes déjà présents.
Une stratégie révélant aussi d’un choix de céder à l’attrait économique plutôt que de se recentrer sur une formation qui serait destinée non plus à la spéculation et au fameux trading mais à la construction d’une équipe forte, avec l’amour du maillot et un sentiment d’appartenance à cultiver. A Rennes comme ailleurs, cet amour ou lien à la tenue « Rouge et Noir » n’a plus vraiment cours et club comme joueurs ont des carrières à gérer, et un bilan comptable à fournir comme n’importe quelle entreprise.
Un choix assumé, frustrant pour tous mais lui permettant de pouvoir regarder demain sereinement sur le plan financier
Alors d’autres vont arriver, à l’évidence, le savoir faire de l’Académie n’étant plus à prouver. Pas bêtes, ces jeunes voient aussi le chemin emprunté par leurs aînés et avec leurs conseillers, sauront valoriser leur montée en puissance dans le monde des grands. Ainsi va le football d’aujourd’hui, où charger et juger Kader Meïté pour son choix n’a aucun sens et relève de la pure démagogie.
Dans un monde du football où tout va toujours plus vite, le Stade Rennais n’est désormais plus qu’un excellent formateur, il est aussi devenu un excellent revendeur de talents qu’il a lui-même formés, au bénéfice non plus de la Ligue 1, mais de l’Europe entière. Un choix assumé, frustrant pour tous mais lui permettant de pouvoir regarder demain sereinement sur le plan financier, pour le moment, bien que prenant à chaque fois le risque de s’affaiblir sur le terrain en cédant ses meilleurs atouts. A l’image de son championnat, ni plus ni, moins.
Liste des joueurs formés au club et ayant disputé moins de 100 matchs avec le Stade Rennais :
Jérémy Jacquet (Liverpool, 60 M€), Désiré Doué (PSG, 50 M€), Eduardo Camavinga (Real Madrid, 31 M€), Kader Meité (Al Hilal, 30 M€), Lesley Ugochukwu (Chelsea, 27 M€), Mathys Tel (Bayern Munich, 20 M€), Jeanuël Belocian (Leverkusen, 15 M€), Lorenz Assignon (Stuttgart, 12 M€), Mathis Abline (Nantes, 10 M€), Adama Diakhaby (Monaco, 10 M€), Guéla Doué (Strasbourg, 6 M€), Sacha Boey (Galatasaray, 5,6 M€), Andy Diouf (Lens, 5,5 M€), Armand Laurienté (Lorient, 3 M€), Loum Tchaouna (Salernitana, 3 M€), Brandon Soppy (Udinese, 2 M€), Gerzino Nyamsi (Strasbourg, 1.5 M€) et Georgino Rutter (0.75 M€). Source montant transfert via Transfermarket.fr





