Skeleton. Pour Lucas Defayet, « le rêve ne s’arrête pas »

A la découverte de Lucas Defayet
Lucas Defayet revient sur ses derniers mois. @Crédit photo : Rekords - IBSF

C’était une première depuis 16 ans et un certain Grégory Saint-Géniès aux JO de Vancouver. En février dernier, lors des Jeux Olympiques de Milan-Cortina, Lucas Defayet a remis le skeleton français sur la scène olympique. Récit d’un parcours amenant le natif de Rennes jusqu’aux Jeux, en passant par sa passion pour le Stade Rennais.

« Avant de commencer la quatrième manche, j’ai eu une très bonne nouvelle. J’étais en train de regarder les résultats sur L’Équipe et Rennes a gagné 3-1 contre Paris ! » Au micro de France TV Sport, la fraîcheur de Lucas Defayet fait du bien.

Bien qu’à peine sorti de la quatrième manche de l’épreuve olympique de skeleton, le Rennais ne peut s’empêcher de parler de la victoire des « Rouge et Noir » contre l’ogre parisien : « C’est sorti naturellement. Je ne m’y attendais pas donc j’étais vraiment très content. En plus, sur la quatrième manche, j’ai battu mon record de poussée. Je ne sais pas si c’est lié mais ce qui est sûr, c’est que j’étais content au moment de commencer la manche ».

« C’est vraiment grâce au Stade Rennais que je peux repartir »

Un supporterisme ne datant pas d’hier qui a touché la communauté rennaise… jusqu’aux dirigeants du club, qui lui ont proposé une aide pour financer sa saison : « J’étais déjà en contact avec le club avant les Jeux car nous avions fait une vidéo ensemble, mais après mon épreuve, j’ai directement eu le président Arnaud Pouille ! »

L’histoire est belle et c’est même ce soutien financier qui a convaincu Lucas Defayet de continuer l’aventure skeleton : « J’étais en réflexion mais j’arrêtais à 70%. Ensuite, j’ai vu l’engouement en France, à la maison et j’ai surtout reçu cette nouvelle du Stade Rennais proposant de m’aider financièrement. C’est vraiment grâce au Stade que je peux repartir. Je vais notamment pouvoir me payer un coach mais je recherche encore des sponsors pour payer d’autres parties comme les hébergements ou les prix des descentes. Une saison coûte entre 70 et 75.000 € ».

Pour les néophytes, le skeletoneur décrypte : « Ça se pratique sur une luge et la tête devant, sur une piste de bobsleigh. Je ne dirais pas que c’est un sport extrême mais plutôt un sport de sensations. D’ailleurs, ça se pilote beaucoup aux sensations. Il y a la vitesse bien sûr avec la tête proche du sol. On ne retrouve ça nulle part ailleurs et c’est difficile d’imaginer le ressenti tant que l’on n’a pas essayé… » Avis aux amateurs.

« J’ai pu arrêter la vie professionnelle, notamment grâce aux droits RSA »

Mais alors, dans tout ça, comment se fait-il qu’un pur produit rennais, fan des « Rouge et Noir », devienne le porte-drapeau du skeleton en France ? Il éclaircit : « Je suis né à Rennes et je vivais à Saint-Erblon avec ma mère. Mon père, lui, habitait à La Plagne et j’y passais toutes mes vacances scolaires. J’ai commencé par la luge et j’ai fait ma première descente de skeleton, en initiation, à 14 ans.

J’ai disputé ma première coupe d’Europe à 18 ans. En parallèle, j’ai fait une année au lycée Descartes puis deux ans à la Fontaine des Eaux, à Dinan. Ils m’ont permis de me libérer pour mes compétitions et j’ai évolué jusqu’à la coupe du monde 2022 mais j’ai loupé la qualification pour les Jeux de Pékin ».

C’est alors qu’un choix s’impose et Lucas Defayet décide d’arrêter sa vie professionnelle pour se consacrer au skeleton. L’objectif est clair, les Jeux de Milan-Cortina en 2026 : « Si je voulais me qualifier, il fallait un vrai projet sur quatre ans. Avant, je travaillais sur des chantiers, en intérim, et ce sont des métiers assez physiques. C’est difficile de progresser dans ces conditions. J’ai pu arrêter la vie professionnelle, notamment grâce aux droits RSA, et je n’ai fait presque que ça. Parfois, c’était un petit peu compliqué mais j’ai réussi à atteindre mon objectif ».

« C’est seulement après la compétition que je me suis rendu compte du soutien »

Un objectif atteint et une participation aux Jeux de Milan-Cortina lui laissant pourtant un goût amer, avec une 19e place finale : « Je m’en veux un petit peu car j’ai l’impression que je n’ai pas su profiter du moment. Dès que j’ai reçu l’annonce de ma participation, deux semaines avant les Jeux, je me suis immédiatement mis en mode compétition. Je voulais faire les choses correctement mais dès les premiers jours aux Jeux, les sensations n’étaient pas bonnes.

Forcément, dans ces cas-là, ça va aussi moins bien dans la tête. Nous avons essayé de voir ce que nous pouvions modifier dans les réglages mais ça ne changeait rien. Je suis un peu déçu du résultat. C’est seulement après la compétition que je me suis rendu compte du soutien et que tout le monde était super content pour moi. Personne ne s’est vraiment intéressé au résultat. Mais je reste un compétiteur. »

Revenu en Bretagne, Lucas Defayet a notamment pu prendre part aux festivités des 125 ans du Stade Rennais. Un moment inoubliable et surtout des derniers mois intenses qui se prolongent : « Le rêve ne s’arrête pas. J’ai été invité à la soirée avec tous les joueurs et les partenaires du club. La génération qui m’a fait aimer le Stade Rennais, c’est celle des Frei, Kallstrom, Utaka, Monterrubio. Comme je suis tout le temps le club, c’est sympa de voir ces gens-là et même d’autres générations.

Par exemple, j’ai remercié Adrien Hunou pour tout ce que nous avons vécu en 2019. J’avais des étoiles plein les yeux. Je pense que ça va bien redescendre à un moment donné mais j’essaie surtout de rester focus sur le sport. Je n’ai pas encore réuni l’intégralité du budget et c’est évidemment ça l’important. Mais je vais tout donner pour réussir ».

Signature du journaliste.