REC Volley – Ligue B : Frédéric Gibert : « Il y a des habitudes à prendre pour vraiment entrer dans le monde professionnel »

Entretien avec Frédéric Gibert
Frédéric Gibert dresse un premier bilan. @Crédit photo : JRS

Alors que la fin de saison se rapproche pour les garçons du REC Volley, l’exercice 2025-26 ne fut pas de tout repos pour le nouvel entraîneur rennais Frédéric Gibert. Arrivé l’été dernier, le coach des « Noir et Blanc » dresse un premier bilan et se projette sur la saison prochaine, le tout sans langue de bois, comme à son habitude. (Article extrait du JRS d’avril)

Même si la saison n’est pas encore terminée, la neuvième place se profile. Quel est ton regard sur le chemin parcouru ?

On ne s’en rend peut-être pas compte de l’extérieur mais quand un championnat démarre, ça va très vite. Chaque jour, je cherche des solutions pour les faire avancer. Et quand je vois notamment les jeunes, c’est intéressant. Alors ça n’avance pas aussi vite que je le voudrais mais dans l’ensemble, les courbes sont à la hausse. Nous partions de très loin. Le premier match de préparation, nous prenons 3-0 contre Saint-Brieuc. Nous démarrons quasiment avec une équipe d’Elite pour évoluer en Ligue B.

Désormais, le leitmotiv est de prendre du plaisir sur le terrain et dans l’adversité, et sortir de chaque match en se disant que nous avons fait de notre mieux. Après tout ce que nous avons vécu jusque-là, réaliser le match que nous avons fait à Royan récemment, c’est top. Nous avons retrouvé des vertus de combat. Le plus dur étant de ne pas être sur courant alternatif. Sur beaucoup d’aspects, la saison n’est pas si « déconnante » que cela.

Pensais-tu vivre ce genre de saison à ton arrivée ?

Disons que j’imaginais quelque chose d’un peu plus scolaire. Nous mettons en place des systèmes, nous avançons, nous progressons et nous nous mettons dans une dynamique positive. Tout ça, c’était sans anticiper les problèmes, même s’il y en a toujours. Je suis un petit peu déçu d’avoir eu autant de problèmes à gérer. Si nous faisons le bilan, nous avons un central, Peter Jack, qui ne démarre pas. Il y a le retard de Mustapha Alashlem, bloqué pour des raisons de visa, et, plus qu’un retard, c’est aussi sa méforme à son retour.

Quand il revient, Aymrik Navet, l’autre pointu, se blesse. Nous avons aussi la blessure à l’épaule de Thibault Braunsteffer, tout cela sans compter les petits bobos classiques. Déjà que nous n’avions pas de marge de manœuvre, fatalement, ça complique encore plus les choses. Dire que c’est une saison difficile serait trop négatif car ça reste intéressant. Ça m’a permis de balayer certaines choses et d’y voir plus clair. Je pense notamment au volume de travail pour performer à ce niveau-là. Même s’il n’y avait pas de descente, c’était au moins de montrer que nous pouvions lutter pour le maintien.

« Même s’il n’y avait pas de descente, c’était au moins de montrer que nous pouvions lutter pour le maintien »

Où en est Peter Jack ?

Ça n’avance pas comme ça devrait avancer. Il n’a pas encore retrouvé les angles et ouvertures d’épaules pour la pratique. C’est un point d’inquiétude. Les épaules au volley, c’est très délicat. Même s’il y a des différences, c’est aussi l’épaule pour Thibault. Thibault nous a rendu service en tant que deuxième pointu et il a servi un petit peu de couteau suisse.

Il retrouve finalement sa place, performe et se blesse. Nous n’avons vraiment pas été aidés cette année. Nous n’avons fait que de marcher sur des œufs. Sur 30 matchs, les problèmes physiques existent mais là, ça fait vraiment beaucoup. Ce n’est pas étranger au fait que la marche fut haute cette année. Il y a une chose que nous ne pouvons pas occulter cependant, c’est leur volonté d’essayer.

As-tu quand même constaté une progression durant la saison ?

Oui, les courbes augmentent. Il a fallu s’adapter au style de jeu que je demande et je ne le vois que depuis quelque temps. Il y a encore quelques manques mais nous pouvons noter l’avancée des jeunes comme Vadim Koné, Aymrik Navet ou encore Mathéo Rosan plus récemment. Je tiens aussi à souligner la patience de Brett Sheward.

Si le fait d’être un petit peu taiseux peut parfois être vu comme un défaut, il a toujours su garder son calme. Il est exemplaire en tant que capitaine et il n’a jamais montré la moindre émotion négative. Bien sûr, nous pouvons toujours dire que c’est plus ou moins bien mais il est resté d’une fiabilité totale. Ça a quand même pas mal secoué autour de lui et les défaites génèrent pas mal de choses.

Il faut aussi savoir prendre du recul. Sur un match disputé au tie-break, quand tu gagnes, tu vas boire un coup après la rencontre et le lundi tu n’es pas fatigué. Si tu perds, tu traînes des pieds le lundi alors qu’en y regardant de plus près, ça se joue souvent à moins de 10 points entre les deux équipes. Est-ce que ça justifie cet écart mental ? L’impact psychologique n’est pas le même et pourtant il faut pouvoir relativiser.

« Je sais sur qui je peux compter »

Dans nos colonnes, tu déclarais il y a quelques mois : « Dès janvier, je dois savoir sur qui je pourrai compter pour passer un cap dès la saison suivante ». Es-tu fixé ?

Oui, je sais sur qui je peux compter mais je ne le dirai pas (rires). J’ai rencontré tout le monde pour connaître les projets pour l’année prochaine, à moi de composer avec ça. Avec notre budget, c’est possible de monter une équipe performante pour la Ligue B. Il faudra d’autres moyens pour la Ligue A mais nous y travaillons. Pour que ça marche, au-delà des joueurs, il y a aussi plein de petites choses qui doivent fonctionner en même temps.

Le volume de travail n’est pas encore suffisant, il faut étoffer le staff et il faut organiser le lien avec le centre de formation. Réorganiser toute la filière formation, ça fait aussi partie de mes missions. Ce n’est pas une critique négative car on sait où nous voulons aller. J’ai vu des choses qui fonctionnent. En les mettant en place, peut-être que ça fonctionnera, mais une chose sûre, en ne les mettant pas en place, ça ne marchera pas.

Cette saison, à plusieurs reprises, tu évoquais des messages qui ne passaient pas. Comment l’expliques-tu ?

Le collectif était habitué à gagner. Là, il y a un nouveau coach, une nouvelle division et nous nous prenons un mur. Je pense que c’est tout un écosystème, louable évidemment avec le double projet, mais être une bande de potes et jouer ensemble, ça ne suffit pas pour performer. Il y a des habitudes à prendre pour vraiment rentrer dans le monde professionnel. Je me suis souvent heurté à ces habitudes manquantes. Certains l’ont bien intégré, d’autres moins. Je prends l’exemple des séances vidéo. Je partage un plan de jeu et un travail personnel mais je les ai trouvés assez peu curieux sur le travail personnel fourni.

Si le joueur le prend comme une contrainte, peut-il aller vers le haut niveau ? Il faut comprendre les qualités et les défauts de son adversaire. C’est presque un travail de tous les instants. Qu’est-ce que je peux faire de plus pour être meilleur que lui ? C’est cette fameuse démarche. L’impératif du double projet est indiscutable car avec 10 ans de carrière, il te reste 34 ans de travail derrière donc il vaut mieux assurer ses arrières. Maintenant, c’est comment on gère ça, et c’est valable des deux côtés, tant pour le volley que pour les études.

Signature du journaliste.