Florian Boulogne, un gardien en « Nord » 

Arrivé en provenance du centre de formation de Cesson l’été dernier, le Chti’mi venu de Cucq a pris place dans les buts cerclistes et s’est adapté à vitesse grand V à la Greenteam. Tout ne fut pour autant jusque-là pas aussi simple pour un garçon qui a toujours gardé espoir et détermination et s’en voit récompensé aujourd’hui.

« Je commençais vraiment à avoir l’impression d’être le chat noir. Ce n’était pas possible cette série… ». Peu avant Noël, Florian Boulogne, 22 ans le 22 janvier prochain, a pu respirer et retourner faire un tour dans son Pas-de-Calais natal pour passer les fêtes l’esprit libéré. Depuis son retour dans les buts en octobre après une longue blessure, le gardien cercliste avait enfilé les défaites comme des perles et commençait à gamberger : «  Nous avons perdu beaucoup de matchs d’un ou deux buts, cela devenait dur mentalement. Cette victoire (à Amiens, ndlr) va nous faire un bien fou et nous permettre de bien repartir en février. » Question rebond, le garçon en connait un rayon !

« Je n’avais jamais quitté ma région avant Cesson »

Du côté de Cucq, charmante bourgade de la banlieue dunkerquoise, Florian découvre rapidement le hand après un essai infructueux au football. Après quelques matchs sur le terrain, le poste de gardien de but est très vite une révélation : « Beaucoup de gens pensent qu’il faut être fou pour être dans les buts. Je pense l’inverse. Je préfère recevoir des ballons que des joueurs de plus de 100 kg dans le buffet ! Dans ma surface, personne ne vient me casser les pieds, je suis bien ! ». Très vite, le plaisir s’allie à la performance et le garçon intègre les rangs des équipes jeunes de l’USDK. Plutôt en vue, les espoirs et le rêve d’une carrière en professionnel s’immisce dans une ville vibrant pour le handball qui connait alors ses heures de gloire : « J’ai intégré le pole à Dunkerque et mené le lycée de front avec le hand. J’y croyais fort et j’avais l’objectif de rejoindre le centre de formation. Malheureusement, rien ne m’a été proposé. Ce fut difficile mais au cours d’une rencontre inter-zone, Cesson m’avait repéré. Stéphane Lebrun a été mon premier contact et ensuite, les choses sont allées vite. »  Désireux de tenter sa chance pour atteindre son graal, le jeune portier prend donc ses cliques et ses claques et met le cap sur la Bretagne : « Ce fut difficile. C’était mon vrai départ de la maison, je n’avais jamais quitté ma région, ni ma famille. Une sacrée aventure, avec l’appréhension et l’excitation qui vont avec. ». A Cesson, Florian prend ses marques avec facilité, goûtant avec grand plaisir à sa nouvelle vie, sur et en dehors des terrains. Evoluant en Nationale 2 avec la réserve cessonnaise, il est même le seul joueur de ce niveau appelé avec les U19 de l’équipe de France. En sa compagnie, du lourd : Kylian Villeminot, Noah Gaudin, Elohim Prandi, Valentin Kieffer ou encore Dylan Nahi entre autres sont les partenaires de chambrée d’un garçon qui avoue savourer chaque instant passé avec l’équipe nationale : « Je suis un vrai privilégié d’avoir vécu cela. Nous avons disputé l’Euro en Croatie. Cela reste une expérience inoubliable, gravée en moi. ». Pour autant, à Cesson, tout n’est pas parfait, loin de là. S’il s’est bien adapté à la vie rennaise, Florian Boulogne peine à enchaîner les performances et joue des coudes avec Alexandre Luy puis Aristide Ewé dans les buts « Rose et Bleu » : « Je savais que je n’étais pas assez performant, je voulais donner plus. L’année suivante, ce fut mieux mais ce n’était pas encore ça. Je pense qu’il fallait aussi avaler le changement de vie, d’environnement. » La troisième année est enfin à la hauteur des espoirs placés dans le gardien chti. Sous la houlette de Mathieu Lanfranchi, qui trouve les mots et la connexion pour transcender son gardien, les performances de bon voire très bon niveau s’enchaînent : « Il m’a fait passer un cap, c’est grâce à lui que je suis rentré dans le rang, que j’ai atteint mon meilleur niveau ». Pourtant, cela ne suffira pas… Alors qu’il multiplie les entraînements avec le groupe de Lidl Starligue et touche du bout des doigts son rêve d’un premier contrat pro, tout s’écroule…

« Le CPB est devenu une deuxième famille »

D’abord, dès le printemps, l’expectative s’installe quant à la suite des événements. Arrivé en fin de bail sur le centre de formation, personne ne se prononce sur un contrat pro ou non. Dans le même temps, le joueur, qui mène son double projet sur une licence Staps, connait un gros coup dur, avec une hernie discale qui se déclenche au plus mauvais moment : « A 21 ans, c’est une terrible blessure… Sincèrement, cela a été très compliqué à vivre. J’étais entre deux eaux, avec l’envie de ne pas lâcher mon rêve du professionnalisme mais aussi la réalité du moment, où je devais sérieusement réfléchir à mon quotidien d’après centre de formation… Dans la foulée de la blessure, Mathieu et Stéphane Lebrun m’ont annoncé qu’on ne me gardait pas, sans m’en dire plus. Je n’ai eu aucune explication et mot des dirigeants. L’aventure s’est terminée nette, ce fut assez brutal… » La dure réalité du hand professionnel a raison des rêves du Nordiste et il faut alors trouver une autre voie, un nouveau projet. Attentif aux jeunes évoluant au centre de formation cessonnais, le CPB Hand, via Pierre Le Meur et Franck Roussel, entre rapidement en contact avec le joueur et le rassure. Au programme, un projet sportif intéressant et prometteur, dans la nouvelle version de la Nationale Une mais aussi un projet professionnel à mener de front avec les « Noir et Vert » : « Je vais être franc, le club m’a sorti d’une belle m… La seule chose que l’on m’a dit, c’est « on va t’aider ». J’étais blessé mais à aucun moment, on ne m’a mis la moindre pression. Le discours était clair, limpide, je devais prendre mon temps pour revenir, me remettre et retrouver mon niveau. J’ai été très touché par ce discours, cette générosité côté hand. Côté pro, c’est encore mieux et le club m’a donné un nouvel élan ! ».

Depuis septembre, Florian Boulogne est en contrat civique au club tout en préparant sa licence 2 Staps. Un travail consistant à accompagner les U15 et U11 de l’école de hand, à encadrer et aussi à participer activement à la mise en place d’événement comme le prochain Sandball ou récemment, le Macadam handball. Du bonheur en barre pour un garçon déjà adopté par ses coéquipiers et désormais de retour sur les terrains avec un mental tout neuf : « Je ne me prends vraiment plus la tête et retrouve le plaisir, même si nous avons eu une mauvaise série. Je me souviens que cet été, les gars se foutaient de moi car je ne pouvais même pas faire mes lacets à cause de la douleur ! J’ai mangé mon pain noir et tous m’ont toujours soutenu ! Je suis épanoui comme jamais sur tous les plans, avec une vraie deuxième famille. Déjà, quand j’étais au centre, je venais dès que je le pouvais les voir jouer. Aujourd’hui, je fais partie de l’équipe et c’est une vraie fierté, avec en plus un niveau très relevé cette année en championnat. » Sorti d’interrogations tenaces sur son futur, Florian Boulogne peut désormais concilier passion au présent et avenir hors parquets au futur, comme chez lui. Un petit coin de « Ch’Nord » à Geniaux, que demandez de plus ?

Julien Bouguerra

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