Auteur d’un match plus que moyen en Autriche pour son entrée dans la compétition, le Stade Rennais ne s’est pas sabordé mais ne s’est pas rassuré non plus. Son menu a tout d’abordable mais pour autant, les « Rouge et Noir » n’ont pas vraiment de marge. Rennes verra-t-il le printemps européen ? Nous avons pesé le pour et le contre.
POUR
De l’expérience dans toutes les lignes
Pour le secteur défensif, prenez Brice Samba dans les buts, 32 ans et international. Przemyslaw Frankowski, international polonais et Anthony Rouault, passé par Stuttgart ont tous les deux déjà joué la Champion’s League dans le secteur défensif. Au milieu, Valentin Rongier et Adrien Thomasson posent une expérience immense en Ligue 1 mais aussi sur la scène européenne, qui doit permettre de voyager.
Mahdi Camara, également « européen » avec Brest et Sebastian Szymanski, passé par Fenerbahçe, connaissent aussi la musique. Ludovic Blas a déjà connu l’Europe à Rennes tandis que Mousa Al-Tamari sort d’un mondial disputé avec la Jordanie.
Esteban Lepaul vient de découvrir l’équipe de France en même temps que l’Europe tandis que Boulaye Dia a évolué sur la scène continentale avec Villareal et la Lazio.
La liste est là, solide : oui, le Stade Rennais compte sur sa jeunesse (Abdelhamid Aït-Boudlal, Charlie Cresswell, Mahamadou Nagida et Eliezer Mayenda) mais peut aussi se prévaloir d’une connaissance des joutes continentales. Dans des matchs où l’efficacité doit prioriser sur l’esthétisme, les Bretons n’ont pas l’excuse du manque de vécu pour les rencontres à venir.
Avec un calendrier très abordable, où seuls l’Olympiakos à domicile et la Juventus à l’extérieur semblent être des défis corsés, le Stade Rennais ne doit pas se cacher et faire fructifier une expérience bien concrète.

L’appui sans faille du Roazhon Park
Pour le peuple turinois, l’Europa League est tout sauf un rendez-vous transcendant, déchaînant les foules. A peine une petite sortie en semaine, au mieux. C’est un fait, l’Europa League ne déchaîne pas toujours les foules, de Turin à Madrid en passant par Munich, Londres ou Amsterdam. A Rennes, en revanche, les jeudis de l’Europa League sont devenus cultes et incontournables.
Un rendez-vous à part, depuis 2019 et les émotions vécues contre le Bétis et Arsenal, mais aussi Astana, Jablonnec, le Celtic ou encore Leicester et Tottenham. Du RCK à la tribune Ville de Rennes, c’est tout un stade qui a offert des ambiances de folie, des tifos grandioses inoubliables et des soirées à rebondissements.
Les embouteillages pour accéder aux fameux matchs de 19 heures ont presque rejoint la galette saucisse et l’arrêt Chez Marco ou au Roazhon Pub dans les rituels et folklores d’avant-match.
Pendant le match, le douzième homme apporte son soutien et son poids et a permis, sur la scène européenne, de renverser le Milan AC, Arsenal et d’autres. S’il n’est pas imprenable, le Roazhon Park reste un stade compliqué pour tout adversaire s’y présentant.
Le parfum continental donne un goût particulier aux jeudis soirs, souvent, et c’est à souligner, dans le respect et le fair-play. Un atout, un vrai !
S’ils sont à leur niveau…
Allez, jouons ensemble… Êtes-vous capables de citer quatre joueurs des équipes suivantes : Sparta Prague, Olympiakos, Omonia Nicosie, Dinamo Zagreb, OFI Crète, NEC Nimegue ou Sturm Graz. Vous avez dix minutes, sans google ou IA. Alors, vous avez ? Kévin Théophile-Catherine à Zagreb, c’est bon. Qui d’autre ? Personne ?
Soyons francs, nous n’en avons pas beaucoup non plus et avons même découvert l’existence de l’Omonia Nicosie et appris que l’OFI Crète disputait la coupe d’Europe. Autrement dit, le Stade Rennais se doit, de par son statut de club d’un championnat dit majeur, son budget, supérieur à celui de tous les clubs cités et la qualité de son effectif aux nombreux internationaux, de terminer dans le top 16 d’une compétition sans gros épouvantail, si ce n’est des clubs déçus de ne pas figurer chez la grande sœur Ligue des Champions.

CONTRE
Franck Haise dans une série compliquée
17 matchs de Ligue Europa sans gagner. Franck Haise, s’il est en réussite et efficace en Ligue 1, notamment depuis son arrivée à Rennes, vit une terrible série sur la scène continentale. Démarrée à Lens, sa série a démarré après sa dernière victoire obtenue à Séville le 12 décembre 2023 avec les « Sang et Or » en Ligue des Champions.
Depuis, cinq nuls et douze défaites, notamment sous les couleurs d’un OGC Nice catastrophique lors de ses deux dernières campagnes et surtout la dernière, avec six défaites en autant de matchs pour le technicien.
Une série assez dingue et incompréhensible, avec pourtant des adversaires abordables au programme, mais une réussite en fuite perpétuelle.
Fort d’un discours rassembleur, d’une autorité naturelle mais surtout d’une compétence largement démontrée, Franck Haise a les cartes pour stopper cette improbable spirale négative. C’est en tous cas tout le mal souhaité par la communauté « Rouge et Noir ».
Les jeudis noirs des clubs français
On le sait, les jeudis noirs du foot français ne sont plus une légende à démontrer. Des défaites improbables, parfois humiliantes, des matchs balancés sous couvert de priorité au championnat ou parfois, des joueurs pas au niveau, technique ou mental, de défis européens où tout se paie cash face à des équipes n’ayant pas d’état d’âme ou de complexes de supériorité.
Si Nice ces deux dernières saisons, Bordeaux par le passé ou d’autres ont parfois totalement raté ou galvaudé la compétition, Rennes s’est toujours investi dans ce rendez-vous. Est-il pour autant à l’abri de grosses désillusions, comme celle vécue contre Cluj en 2019 ? Rien n’est moins sûr et c’est aussi le charme des jeudis européens, que l’on espère plus roses que noirs…
Pas tant de solutions de rotations que cela
Le Stade Rennais tient, à deux ou trois postes près selon les rotations et les états de forme, son équipe-type selon le gabarit du match proposé. Pour autant, les rotations n’apparaissent pas nombreuses pour Franck Haise, surtout avec la multiplication des matchs, notamment sur le plan offensif.
S’il poursuit dans le 4-3-3 qu’il semble avoir choisi, le coach aura l’obligation de voir ses joueurs de côté progresser sérieusement pour instaurer une rotation digne de ce nom. Pour le moment, ni Eliezer Mayenda, ni Arnaud Nordin, ni Issa Soumaré n’ont l’étoffe de titulaires capables de sortir Mousa Al-Tamari et Ludovic Blas, pour leur part un peu intermittents.
Si Esteban Lepaul se blesse ou poursuit son léger passage sans réussite, Boulaye Dia sera-t-il au niveau ?
En défense, sur les côtés, Bryan Reynolds a-t-il l’étoffe d’un titulaire ? Quentin Merlin peut-il retrouver la confiance et Mahamadou Nagida la constance ? Dans l’axe, enfin, Abdelhamid Aït-Boudlal va-t-il regagner la sérénité et la qualité entrevues la saison passée après un été rythmé par des envies de départ ?
De toutes ces interrogations et limites dans la rotation dépendra forcément l’avenir européen des « Rouge et Noir ».






