Handball – Cesson : Alex Moran, où l’éloge de la patience et du travail

Portrait d'Alex Moran
Alex Moran a trouvé son rythme de croisière avec Cesson. @Crédit photo : JRS

À 26 ans, l’ailier droit des Irréductibles découvre pour la première fois la Liqui Moly Starligue sur une saison pleine. Après « quelques mois d’adaptation », le Caennais a trouvé son rythme de croisière, établissent même récemment son nouveau record de buts en un seul match en carrière avec 13 réalisations contre Chambéry.

« Alex, c’est un exemple de résilience sur beaucoup de choses. C’est aussi quelqu’un de réfléchi et de profondément gentil ». Par ces quelques mots, Elio Zammit, joueur de Chambéry et ami d’Alex Moran, nous éclaire d’emblée sur la personnalité de l’ailier droit cessonnais. Oui, la résilience est un mot qui colle bien au parcours du Normand.

Si tout prédestinait le jeune Alex au handball – ses parents, sa sœur et son frère ont pratiqué, ce dernier encore aujourd’hui – il a tout de même fallu attendre l’exercice 2025-26 pour voir l’ailier droit accéder à l’élite du handball français de façon permanente. Avant cela, non loin de la capitale bretonne, la Starligue et même l’Europe ont pu profiter des « jumps » de l’ailier droit, mais plus brièvement.

Deux ans au centre de formation du H

À l’époque, il est au centre de formation du HBC Nantes : « J’ai fait une très bonne deuxième année là-bas. David Balaguer s’est malheureusement blessé et ça m’a propulsé en équipe première. J’ai joué en D1 et en Europe. J’ai notamment voyagé en Norvège et j’ai marqué deux buts sur ce match. Àl’aller, chez nous, j’avais aussi mis deux buts. En Starligue, j’ai dû jouer 5-6 matchs.

L’année où je suis arrivé, le club venait de passer à la H Arena. C’est la meilleure ambiance où j’ai pu évoluer et surtout, ça reste festif. Le public n’est pas mauvais joueur et il n’y a pas d’animosité envers les adversaires. Il est juste là pour encourager son équipe ».

Si l’histoire flaire bon l’idylle, tout ne fut pas toujours rose dans la cité des Ducs : « Ma première année, ça ne s’est pas très bien passé car je me suis fait opérer des deux chevilles et puis après mes débuts en équipe première, il y a eu le Covid ».

Non conservé après deux ans au centre de formation, Alex Moran doit alors se trouver un nouveau point de chute : « Entre la saison qui s’écourte très vite et la première saison blanche, ça n’a pas joué en ma faveur mais ça a été assez clair rapidement et j’ai pu vite retrouver autre chose ». Une époque nantaise qu’il garde tout de même sur son maillot, son numéro 20 y faisant référence : « Quand je suis arrivé à Nantes, les numéros de 1 à 19 étaient pour les professionnels et les numéros de 20 à 30 pour le centre. J’ai eu le 20 et depuis, je l’ai gardé ».

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Play-Offs, tatouage pas droit et premier contrat pro

Le plus grand chapitre de sa carrière s’écrit alors en région parisienne, à Pontault-Combault, qu’il rejoint dans la foulée : « J’ai d’abord eu un contrat semi-pro et quand j’ai resigné, j’ai eu mon premier contrat professionnel. Nous étions très contents avec ma famille et ça a été un soulagement ».

Si le handball devient son métier, le plaisir reste son maître-mot : « J’ai toujours voulu faire ça. Tout petit, je regardais mes parents jouer et je regardais aussi le handball à la télévision en me disant : « Les joueurs sont payés pour faire ça ! » C’est un métier mais pour moi, c’est avant tout le plaisir de jouer, sauf peut-être l’été avec la préparation sur la piste (rires) ».

Avec Pontault-Combault, il participe systématiquement aux Play-offs de montée mais ne parvient jamais à gravir la dernière marche : « C’est surtout la première année. À l’époque, le premier de D2 jouait quand même la demi-finale et ils l’avaient gagnée. En cas de victoire, nous montions, mais nous perdons l’autre demi-finale en match sec à la Maison du handball ».

Elio Zammit : « Sportivement, je n’ai jamais retrouvé quelqu’un avec qui je m’entendais aussi bien »

Une période où il côtoie Elio Zammit, qui profite de notre entretien avec Alex pour une petite anecdote : « Alex a été une vraie découverte, tant humaine que sportive. C’est un gars avec beaucoup de valeurs et de principes qui me correspondent, même si nous sommes différents sur pas mal de choses. C’est un joueur fiable et toujours au rendez-vous. J’ai eu la chance de le côtoyer deux ans et sportivement, je n’ai jamais retrouvé quelqu’un avec qui je m’entendais aussi bien.

Au début, c’était assez fou de si peu se connaître et pourtant de comprendre chaque timing de course, chaque intention de l’autre, le tout sans même se parler et même parfois sans se regarder. Forcément, ce feeling sur le terrain s’est développé en dehors et je le considère aujourd’hui comme un vrai ami. Pour la petite histoire, avec Alex, nous avons un tatouage en commun. En sortant du tatoueur, nous nous sommes rendu compte que le sien n’était absolument pas droit (rires). Ça lui a valu bon nombre de chambrages ».

Montant en puissance au fur et à mesure des années, Alex attire l’œil de Cesson, notamment en début de saison dernière : « J’ai fait une très belle dernière saison et j’avais un gros pourcentage aux tirs sur les premiers mois. Je pense que c’est pour ça que j’ai eu la proposition de Cesson ».

Cesson, rapidement une évidence

Vers « novembre-décembre », les premiers contacts sont noués et le CRMHB devient vite une évidence, au-delà même de l’attrait Starligue : « Tout était aligné. Ils m’ont contacté rapidement. Sébastien m’a présenté le projet, les joueurs qui allaient arriver et je retrouvais notamment Gustavo Rodrigues que j’avais côtoyé à Pontault. Et puis, il y avait aussi la proximité avec Caen ».

La Normandie, observatrice privilégiée de ses premiers exploits handballistiques l’emmenant jusqu’aux Vikings de Caen, juste avant de rejoindre le centre de formation du H : « J’ai joué à Courseulles-sur-Mer jusqu’en -18 ans et j’ai pu jouer en -18 France. J’ai aussi fait deux ans au Pôle Espoirs d’Évreux (aujourd’hui Pôle Espoirs de Caen, ndlr). Avec le Pôle, j’ai eu la chance de faire les championnats du monde UNSS organisés en France, à Rouen. Nous sommes allés jusqu’en finale. C’était une expérience incroyable.

Quand tu es encore au lycée, c’est un truc de fou de jouer devant autant de monde. En plus, nous étions tous des potes car nous étions tous à l’internat et on se voyait tout le temps. Avec Caen, j’ai d’abord intégré la N3, avec une montée en N2 par la suite, et ça m’a mené jusqu’à la Proligue. Je me souviens de mes débuts avec l’équipe professionnelle. J’ai deux souvenirs marquants, mon premier but à Caen, contre Dijon il me semble sur une contre-attaque, et puis un match de coupe de France contre Dunkerque, formation de D1, où j’avais eu la chance de rentrer ».

« Depuis décembre, j’ai trouvé un équilibre et quand tu es en confiance, tout paraît plus facile, plus fluide »

Désormais installé en Bretagne et dans l’élite, avec de très bonnes statistiques malgré un temps de jeu inférieur à celui de son homologue du poste, l’expérimenté Théophile Caussé, Alex Moran monte progressivement en température, comme le souligne son match face à Chambéry débuts mars : « Il m’a fallu un petit moment d’adaptation. Le style de jeu est un peu différent entre la D2 et la D1. Depuis décembre, j’ai trouvé un équilibre et quand tu es en confiance, tout paraît plus facile, plus fluide ».

Avec Cesson comme pendant sa carrière, Alex Moran a su attendre son heure. Une heure amenée à durer à minima un an de plus à la Glaz Arena, le joueur s’étant engagé jusqu’en 2027 avec le CRMHB et bien décidé à y écrire sa belle histoire.

Signature du journaliste.