Handball – Cesson : Egon Hanusz : « Mon objectif, c’est de rendre les autres meilleurs »

Entretien avec Egon Hanusz
Egon Hanusz est actuellement le meilleur passeur du championnat. @Crédit photo : JRS

Arrivé cet été à Cesson, le demi-centre hongrois réussit une première saison flamboyante en France, faisant valoir sa vision du jeu, sa qualité de passe, le tout avec un état d’esprit inspirant et irréprochable. Nous l’avons rencontré, en anglais dans le texte, entre rire, humilité et ambitions.

Comment s’est passée ton arrivée à Cesson et t’es-tu rapidement adapté ?

Je me suis bien adapté et j’ai été parfaitement intégré. J’avais entendu parler du club avant de venir, notamment grâce à Rudolf Faluvégi, qui a joué ici et que je connais bien. Avec ma petite amie, on s’est d’abord installés, on a découvert la ville, la salle… et j’ai tout de suite aimé. Tout est regroupé ici, ce qui donne vraiment une atmosphère familiale. J’habite très près de la salle, à trois minutes en voiture, ce qui est top pour moi. Cesson est une ville calme, comme je les aime, les gens sont très accueillants, et Rennes est proche. C’est un bon équilibre.

Comment s’est fait le premier contact avec le club ? Qu’est-ce qui t’a séduit dans ce projet ?

Par mon agent en Hongrie, qui a eu des contacts en France. Il y avait plusieurs clubs intéressés et après avoir discuté avec Sébastien Leriche, le projet m’a vraiment convaincu. La confiance placée en moi mais aussi dans le jeu souhaité. Le coach m’a dit qu’il me connaissait déjà et qu’il voulait me donner beaucoup de responsabilités. Il m’a présenté un rôle important dans l’équipe et ne s’est pas contenté de regarder des vidéos de highlights (rires). Il savait tout de mon jeu avant que je sois là. Forcément, cela compte.

Te considères-tu comme un leader sur le terrain ?

Oui, sur le terrain en tous cas. Je dois organiser le jeu, guider mes coéquipiers, prendre des décisions. C’est une responsabilité que j’apprécie. Le poste de demi-centre est comme un relais, parfois, du staff, au cœur du jeu. J’aime avoir ce rôle, et jouer pour les autres.

On te sent résolument tourné vers le collectif…

Si j’ai le choix entre tirer ou faire une passe, je préfère faire la passe. Mon rôle est de mettre les autres dans les meilleures conditions et de les rendre meilleurs, leur offrir le plus de confort pour finaliser. Ici, avec Asier (Nieto) qui sent le jeu grâce à une culture espagnole très prononcée, Michal (Baran) qui sait tout faire, Mathieu (Salou) et sa capacité de shoot exceptionnelle ou Gustavo (Rodrigues) qui amène impact, puissance et sens du jeu, je me régale.

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« Je pense que la septième ou huitième place n’a rien d’inaccessible »

Ton style de jeu est très spectaculaire et très engagé…Tu mets parfois la tête où d’autres ne mettraient même pas les mains. Pourquoi ?

(Rires) Oui, c’est vrai. Je ne suis pas très grand, donc je dois compenser avec l’intensité et le contact. J’aime les matchs physiques. Beaucoup de gens parlent de Luc Steins au moment de parler de ma façon de jouer. Nous avons des gabarits similaires et franchement, c’est plutôt flatteur, j’admire ce joueur. Pour exister au milieu de joueurs très physiques, il faut un peu de ce style. Quand ils lèvent le coude, il arrive au niveau de mon visage alors il faut bien y aller et trouver des espaces (rires) !

Tu prends énormément de coups, parfois à la limite et reste aussi parfois au sol en étant très démonstratif. Y a-t-il un peu d’intox dans ces moments-là ?

Parfois, ça peut, oui, même si j’accepte le fait de prendre des coups, mon jeu le « demandant ». Globalement, je suis bien arbitré, mais si je me relève à chaque fois, sans un mot, sans marquer le coup lorsqu’un coup est parti un peu trop fort ou au mauvais endroit, rien ne se passera. Si tu ne montres pas certaines choses, elles ne sont pas toujours sifflées. Pour autant, je trouve le championnat très engagé physiquement, mais correct, sans mauvais esprit.

Il y a aussi cette habitude que tu as, de foncer tout droit sur les engagements, souvent avec réussite…

Ah ça, oui (rires) ! Sincèrement, ça date de mes débuts au hand, où le coach me demandait, dès qu’on prenait un but de récupérer et de foncer tout droit, car j’allais très vite et ce, peu importe ce que j’allais trouver en face ! Un côté un peu fou que j’ai gardé même si aujourd’hui, évidemment, j’analyse une situation avant de me lancer. Quand il y a des changements en face, par exemple, il faut aller vite, très vite, et attaquer l’espace libéré ou pas encore en place. Mais je l’avoue, j’adore ça !

Comment juges-tu l’équipe cette saison ?

On a beaucoup de nouveaux joueurs et le premier objectif était de créer un collectif. L’ambiance est excellente et nous avons un vrai plaisir à jouer et à s’entraîner ensemble. À domicile, nous sommes solides avec de très belles performances. À l’extérieur, on doit encore progresser. Beaucoup de matchs se jouent sur des détails et nous sommes passés plusieurs fois tout près. C’est en reproduisant le type de match comme à Saint-Raphaël, avec le même engagement physique, que l’on va finir par gagner loin de Cesson. Avec ça, nous pourrons voir plus haut.

Jusqu’où selon toi ?

Je suis ambitieux et le groupe l’est aussi. Aujourd’hui, en réussissant cette petite bascule pour gagner hors de nos bases, je pense que la septième ou huitième place n’a rien d’inaccessible. A domicile, nous sommes au rendez-vous, notamment grâce au public, qui est très important pour nous. De plus en plus de supporters viennent, et ça nous aide beaucoup. Ils sont vraiment notre huitième homme.

Que retiens-tu de tes expériences à l’étranger ?

En Allemagne, le rythme est très intense, avec peu de repos. On enchaîne parfois trois matchs en une semaine, c’est très exigeant physiquement. J’ai beaucoup aimé cette expérience à Stuttgart, avec des fans qui étaient là même à Noël, à nous encourager, au lieu de partager le repas de Noël en famille, c’était dingue ! Au Portugal, j’ai beaucoup appris tactiquement, avec un coach espagnol, comme en Allemagne, mais le championnat est moins équilibré et les ambiances beaucoup plus feutrées. Là-bas, c’est le foot avant tout. Et en termes de compétitivité, en dehors de Benfica, du Sporting et de Porto, il y a peu de répondant.

Le championnat français te correspond-il ?

Oui. Il est compétitif et offre un bon équilibre entre sport et qualité de vie. Je m’y retrouve et me plais vraiment ici. Le handball, c’est notre métier, notre vie mais il faut aussi s’accorder avec les à-côtés et pour le moment, je m’y retrouve parfaitement.

Et l’apprentissage du français ?

Nous prenons des cours avec Erik, chaque semaine, avec un professeur, qui nous enseigne les mots essentiels adaptés, pour la compréhension sur le terrain, de façon à comprendre les consignes au mieux mais aussi pouvoir nous exprimer nous-mêmes. Après lorsqu’il y a une tactique à lancer, je parle français mais quand je veux être certain de ne pas me rater, j’utilise l’anglais. Nous apprenons aussi le nécessaire pour la vie de tous les jours, hors handball.

« Les deux expulsions express d’Erik ? Aujourd’hui, nous préférons en rire »

Un mot sur Erik, justement, ton compatriote, arrivé en fin d’été ?

On se connait depuis longtemps, nous avons évolué en sélection jeunes avec la Hongrie. C’est un super mec et un super joueur. Forcément, être à deux Hongrois ici facilite grandement les choses, pour l’un comme pour l’autre. Nous ne sommes pas tout le temps ensemble en dehors, il a deux enfants et plein de choses à faire, mais au quotidien, forcément, nous nous apportons beaucoup.

Que lui as-tu dit, suite à sa deuxième expulsion express en deux matchs à domicile en février ?

Il était dégouté, en colère de sortir si vite… Je lui ai dit que cela arrive, qu’il faut juste peut-être canaliser l’envie de bien faire, d’aller au combat. C’est vrai que lors du match qui a suivi, contre Chambéry, on en a parlé avant la rencontre, on en a même rigolé. D’ailleurs, notre prof de français avait souligné, en français, qu’Erik avait désormais le record de l’exclusion la plus rapide du championnat. Sur le coup, c’était vraiment dur à vivre pour lui mais aujourd’hui, nous préférons en rire.

Un mot sur ton rôle en sélection ?

Oui, j’ai plus de temps de jeu maintenant. À moi de saisir cette chance et de montrer ce que je peux faire, sachant que nous sommes trois aujourd’hui en concurrence, avec un temps de jeu partagé. J’essaie de convertir l’expérience que je prends à Cesson en sélection pour grapiller, petit à petit.

Quelles sont tes occupations en dehors du handball ?

Je passe du temps avec ma copine, on se promène, on découvre la région. On est allés à Saint-Malo récemment. J’aime aussi rester à la maison et jouer aux jeux vidéo en ligne avec mes potes en Hongrie. C’est un bon moyen de garder le lien et aussi de se chambrer ! Je m’intéresse aussi aux autres sports mais plus dans la pratique qu’à regarder. Je n’ai pas un club dans un sport ou un autre dont je suis supporter. Moi, mon plaisir, c’est jouer, pratiquer, le tennis par exemple. Je suis encore jeune alors j’en profite au maximum. J’aurai tout le temps plus tard pour me reposer (rires) !

Signature de l'auteur, Julien Bouguerra.