Handball – Cesson : Mathieu Salou : « Plus que mes buts, ce qui m’importe, c’est l’équipe »

Entretien avec Mathieu Salou
Mathieu Salou réussit un exercice convaincant. @Crédit photo : JRS

Il n’a que 25 ans et pourtant, Mathieu Salou approche bientôt les dix ans de carrière dans l’élite. Lancé en 2017 pour la première fois au Palais des Sports avec un premier but face à Thierry Omeyer et le PSG, le grand gaucher réussit une saison épatante. La meilleure ? Ce Breton pur beurre salé attend encore pour se prononcer !

Après les départs et les retraites conjugués l’été dernier de Youenn Cardinal, Romaric Guillo et Romain Briffe, tu es devenu l’ancien formé au club. Cela représente-t-il quelque chose de particulier pour toi ?

Tout le monde le sait, je suis profondément attaché à la Bretagne, ma terre, et tout autant à Cesson, mon club. J’ai été formé ici, j’y ai tout appris et même si je suis parti pendant deux ans, je me sens ici chez moi. Dans un vestiaire, je n’ai pas forcément l’âme d’un leader ou je ne suis pas quelqu’un qui parle beaucoup mais bien sûr, dès que j’en ai eu l’occasion, j’ai parlé des valeurs qui sont les nôtres ici.

Après, les mecs qui sont arrivés n’avaient pas besoin qu’on leur parle de don de soi, de courage, de solidarité. Tous avaient déjà les valeurs cessonnaises en arrivant… Moi je suis resté le même, avec c’est vrai désormais cette étiquette d’ancien alors que je n’ai finalement que 25 ans ! (rires)

Sur le terrain, ta saison est très bien partie pour être la meilleure statistiquement parlant, avec la barre des 100 buts inscrits largement accessible. Quel regard portes-tu sur cette année ?

Je mentirais si je disais que je ne regarde pas les chiffres. Ils sont des indicateurs et peuvent aussi révéler des points à améliorer mais en aucun cas ils ne doivent suffire à se satisfaire de ce que l’on fait. On peut toujours progresser. Cette année, si j’ai la chance de ne pas être blessé, j’ai peut-être l’occasion de passer cette barre et je ne vais pas m’en priver si cela se présente.

Mais sincèrement, entre ne marquer que cinq buts d’ici la fin de saison et que l’on gagne tous nos matchs ou exploser les compteurs personnels mais terminer loin de nos objectifs collectifs, le choix est vite fait. Plus que mes buts, ce qui m’importe, c’est l’équipe.

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« Egon et Gustavo ? Tout est facile avec des mecs comme eux et c’est un vrai bonheur au quotidien »

Comment expliques-tu tes progrès, notamment en défense et où dois-tu encore t’améliorer ?

Comme je l’ai dit, on peut toujours progresser, sur tout. Me concernant, je pense que je dois gagner encore sur l’aspect collectif, mieux jouer pour les autres à certains moments. Pour ce qui est du mieux, je pense avoir gagné en maturité en défense, être plus stable et moins irrégulier que par le passé. Concernant les shoots, c’est aussi souvent une question de dynamique d’un match à l’autre, voire même dans le même match. On peut rater quatre, cinq fois de suite, buter puis d’un coup, c’est l’inverse et on peut frapper du milieu de terrain, ça rentre. Sincèrement, je ne me l’explique pas mais c’est un super sentiment quand ça arrive de façon positive.

Tes progrès sont aussi forcément la conséquence des complémentarités, notamment avec Egon Hanusz mais aussi sur ton poste avec Gustavo Rodrigues ?

Clairement, oui ! C’est un bonheur d’avoir un demi-centre comme Egon, il est vraiment impressionnant dans sa capacité à rendre la vie facile aux autres. Il joue pour ses coéquipiers et à titre personnel, me met toujours en situation idéale. Je n’ai plus qu’à arriver et envoyer, c’est tellement agréable ! Il rend ses coéquipiers plus forts et me rappelle dans son style Hakon Ekren qui a joué chez nous. Gustavo, lui, est sur mon poste.

Quand il est arrivé, avec son statut de top joueur, je me suis forcément posé des questions mais j’ai surtout eu l’envie de me challenger et de me mettre au niveau. Humainement, c’est un mec adorable, je n’avais eu que de bons échos et cela s’est confirmé. On s’entend super bien, il a toujours le sourire et handballistiquement, il m’apporte énormément. Je regarde sa façon de défendre, de tirer, de se placer, j’apprends chaque jour, on communique beaucoup. Tout est facile avec des mecs comme eux et c’est un vrai bonheur au quotidien.

Comment vois-tu la dernière partie de saison, collectivement ?

Le club a pour objectif la neuvième place mais je constate que nous avons regardé tout le monde droit dans les yeux cette saison et que nous n’avons pas à rougir de nos résultats, excepté la rencontre loupée à Istres. A l’extérieur, il nous manque un petit quelque chose pour basculer du bon côté mais nous offrons toujours de vrais combats. Entre nous, nous avons cette envie d’aller titiller la septième ou huitième place.

Sincèrement, nous en avons le potentiel et ne nous priverons pas. Cette année, notre bonheur est de jouer libéré de toute pression, le bas de tableau étant assez loin pour avoir l’esprit libre. Nous jouons pour gagner chaque match et non pas pour ne pas le perdre. Dans l’approche, cela change tout, il n’y a aucune pression négative et un vrai plaisir à aller défier n’importe quel adversaire, encore plus à domicile où nous réalisons de vraies belles performances avec un public qui nous porte.

« Rester encore longtemps dans mon club, ici, ce serait une chouette idée »

On le sait, dans le handball, l’avenir se dessine souvent un an, voire plus, avant la fin d’un contrat. Le tien s’achève en 2028. Sais-tu déjà quelle sera la suite pour toi ?

Sincèrement, à ce jour, je suis sous contrat et je ne me préoccupe pour le moment pas de cela. Nous n’avons pas encore discuté avec le club mais ce qui est certain, c’est que je me sens pleinement investi dans le projet et que je suis très heureux et épanoui ici, sur comme en dehors du terrain. On ne sait jamais de quoi demain sera fait mais pour moi, rester dans mon club, ici, encore longtemps, serait une chouette idée, surtout que ma compagne se plait aussi ici. Nous déciderons de toute façon ensemble des choix qui seront à faire le moment venu.

Le changement de sélectionneur à la tête des Bleus, avec l’arrivée de Talant Dujshebaev, te fait-il faire quelques rêves en Bleu ?

Je ne connais pas un seul joueur français du championnat qui ne rêve pas de l’équipe nationale ou ne serait pas intéressé par celle-ci mais je suis aussi très lucide et il y a beaucoup de monde avant moi sur le poste. Même si j’y ai goûté en jeunes, ce n’est pas quelque chose qui me trotte dans la tête. Je suis en revanche très curieux de voir la patte du nouveau sélectionneur. Son arrivée ne peut être qu’une bonne chose pour amener de la nouveauté, une nouvelle façon de faire et de jouer. C’est une vraie curiosité que je vais évidemment suivre de près.

Signature de l'auteur, Julien Bouguerra.