Handball – Cesson : Gustavo Rodrigues : « Le handball, ce voyage qui dure longtemps »

Portrait Gustavo Rodrigues.
A la découverte du Brésilien Gustavo Rodrigues. @Crédit photo : JRS

Un accent chantant, un sourire franc, un français impeccable et des réseaux sociaux inimitables. S’il peut impressionner ou faire peur sur le terrain, Gustavo Rodrigues est un autre homme en dehors, des plus chaleureux.

« Bom Dia Galeria ! » (« Bonjour la galerie », en portugais). Sortie d’ascenseur avec petit pas de danse, ou trait d’humour autour du hand, l’Instagram de Gustavo Rodrigues est un appel à la bonne humeur : « Au début, tout le monde me demandait pourquoi je faisais ça, me chambrait. Maintenant, des joueurs viennent me demander d’apparaître dans mes vidéos ».

Sur Instagram, voilà donc un sacré numéro. Bien au-delà du 95, qu’il porte avec Cesson, avec 51 400 followers devenus accros à ses stories : « Cela promeut mon sport au Brésil, où il reste encore méconnu mais je fais cela aussi pour le simple plaisir de partager des good vibes. L’envie de sourire et de faire sourire. Des gens m’ont écrit en me disant que cela les avait sortis de la dépression. Je ne pensais pas mais cela me donne forcément envie de continuer. » Une générosité sous toutes ses formes, voilà un trait dominant chez l’homme à la moustache, y compris excessive et dangereuse, quand il était gamin.

De l’obésité morbide aux sélections olympiques de handball en huit ans

Dans la banlieue de Sao Paulo, il connait son premier combat contre l’obésité. Aujourd’hui toujours à peser ses assiettes et très vigilant sur son poids et son alimentation, cette maladie ne s’en allant jamais véritablement, il explique : « Petit, j’étais en obésité morbide, en danger. A 8 ans, je pesais près de 100 kilos. Je ne savais pas manger. Trop de sucres, pas les bonnes quantités et je ne faisais pas de sport. Je n’étais pas un enfant malheureux mais le sucre me détruisait et avec ce poids, tout me faisait mal, le moindre effort. Puis une rencontre a tout changé… »

Cette rencontre, c’est celle avec le sport, et le baseball. Son entraîneur japonais, Sensei, avec qui il correspond toujours aujourd’hui encore, change tout : « Il m’a tout appris sur l’alimentation et je suis devenu accro au sport. On s’entraînait beaucoup, je mangeais enfin bien. J’ai perdu du poids, grandi et c’était parti pour moi. » Ajoutez à cela les sports de combat, comme la lutte, la capoeira ou le judo et la voie est tracée.

A 15 ans, place au hand : « J’avais aussi fait du volley mais j’ai dû choisir. Mon club de baseball s’arrêtait et je ne voulais pas partir trop loin pour continuer à jouer. J’ai rapidement intégré Pinheiros, un gros club formateur brésilien puis intégré les sélections jeunes jusqu’aux espoirs olympiques. »

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Bloqué à Porto, rebond à Pontault avant le coup de cœur Chambéry !

L’histoire est lancée, le bras gauche déjà bien solide. Pas professionnel, le hand est loin dans la culture brésilienne mais celui-ci a évolué depuis dix ans, notamment avec la Seleçao dont Gustavo est devenu au fil du temps un pilier : « Avant, on jouait pour ne surtout pas prendre de raclée. Aujourd’hui, on regarde tout le monde dans les yeux, avec plusieurs grosses perfs ces dernières années. J’ai eu le bonheur de faire les JO de Tokyo (ndlr : 2021), certes à huis-clos, mais cela reste une expérience dingue. »

Fort de ses performances, logiquement, Gustavo met le cap sur l’Europe et le FC Porto. Elu rookie en Champion’s League, très convaincant, il est l’une des attractions du club, qui l’a engagé sur deux années avec une troisième en option. Celui qui a interrompu ses études de kiné au Brésil pour se consacrer pleinement au hand peut imaginer le meilleur, d’autant que de grosses écuries s’activent pour l’arracher au club du Dragon à l’issue de la première année.

Sans agent, « Gus » est cependant bloqué : « Il y avait une clause à 100.000 € qui a été refusée par le club. Et au bout de la seconde année, alors que j’espérais la troisième, ils n’ont pas activé la prolongation. Je me suis retrouvé sans rien… Le genre d’épreuve qui nous fait apprendre. »

« Il y avait beaucoup de Portugais à Pontault »

Qu’on se le dise, l’international brésilien sait rebondir et s’entoure rapidement pour repartir de plus belle. Créteil, qui vient de descendre, se présente et voilà l’arrière droit en route pour l’hexagone : « Créteil était une belle opportunité et tout s’est bien passé la première année. C’est sûr que la météo et le décor changeaient mais Paris n’était pas loin et j’ai été plutôt bien sur le terrain.

La seconde année, Javier Borragan (ndlr : passé par la suite par Cesson) est arrivé et a fait une saison de fou et je n’ai pas beaucoup joué. Moi, je ne voulais pas régresser, j’ai toujours eu cette envie et il fallait trouver une issue. »

Celle-ci se dessine du côté de Pontault, en Proligue : « J’ai considéré que c’était un petit pas en arrière pour mieux avancer. J’ai vécu de vrais beaux moments là-bas et sur le terrain, notamment lors de la seconde période, où j’ai pu me libérer et vraiment performer. Il y avait beaucoup de Portugais à Pontault, et surtout Jean-Pierre Dupoux, mon compatriote, qui m’a aussi beaucoup aidé au club. Cette fois-ci, je me sentais bien, fort ! »

Assez pour taper dans l’œil de Chambéry et de l’élite, enfin ! Les Alpes, le froid et la neige l’hiver ? Même pas peur ! : « J’avoue au début, j’ai un peu appréhendé mais très vite, j’ai découvert le lac (ndlr : du Bourget), que je n’ai plus quitté et la région, magnifique ! » Gustavo n’hésite pas et fonce vers la Savoie.

Là-bas, il trouve sa « seconde maison de cœur » après son Brésil natal. Niveau handball, la fusée Rodrigues décolle au bout d’un an, après avoir effacé les préjugés posés sur lui. Erik Mathé accorde sa confiance au Carioca qui va devenir l’un des chouchous du public du Phare.

Quatre années pleine à Chambéry, avec la coupe d’Europe notamment

Aux côtés des Richert, Tritta, Portner, Paturel ou Skube, il régale, explose les lucarnes et gonfle les stats. En défense, il est compliqué à contourner et décisif. Les yeux brillent au moment d’évoquer quatre années pleines, avec la coupe d’Europe notamment, mais aussi sur le plan humain, où l’homme trouve des amis pour la vie : « Nous avions, surtout les deux premières années, une bande de potes, c’était dingue. Sur comme en dehors du terrain, on pouvait toujours compter les uns sur les autres. Il y avait aussi Laurent Busselier, l’adjoint d’Erik, qui a fait beaucoup pour moi, avec qui je suis toujours en contact. Vraiment, ce fut une superbe histoire… »

Mais celle-ci s’achève pourtant avec un petit goût amer, les deux partis ne trouvant pas l’accord pour prolonger et « Gus » n’étant pas reconnu à hauteur de ses qualités et de son apport. Cap, encore, sur un nouveau départ et la Bretagne, cette fois-ci : « Il y a eu plusieurs opportunités, dont Montpellier avec qui les choses étaient avancées mais Cesson a été mon choix, avec le meilleur projet pour moi. Une salle dingue, un très beau projet et une progression ambitionnée qui collait avec mes objectifs ».

« Je trouve Rennes très accueillante et j’ai pu m’inscrire dans une école de danse »

Après la montagne, retour à la mer et une météo réputée capricieuse : « Franchement, jusqu’à novembre, ça allait très bien, il ne pleut pas plus qu’ailleurs. Bon, depuis deux mois en revanche… » Mais au-delà du temps, le jeune trentenaire se régale : « Je trouve Rennes très accueillante et j’ai pu m’inscrire dans une école de danse. Je voulais reprendre, j’ai toujours adoré ça ! Je me suis inscrit au club Bailasi avec des cours de bachata et de salsa. »

Avant de se marrer : « Au début, quand ils m’ont vu arriver avec mon gabarit, ils se sont demandé ce que je faisais là. Et puis il parait que j’ai l’air méchant, ils avaient peur de venir me parler ou de danser avec moi. Maintenant, ça va beaucoup mieux et pas mal d’entre eux viennent même au match ! »

Ce regard, cette moustache et ce crâne rasé, voilà un vrai look de méchant. Qui amuse l’intéressé : « Même ma maman, après un match où elle était venue, m’avait dit après la rencontre : « Il faut te calmer mon fils, tes veines ressortent, détends-toi, tu as l’air très en colère ! » Beaucoup de monde me dit ça, alors parfois, j’en joue un peu et j’adore aussi emmener le public avec moi, crier après un but dans des moments où on doit avoir ce 8e homme avec nous ! »

L’ambition avec Cesson, avec Los Angeles 2028 en ligne de mire

Chauffeur de salle, de balle, coéquipier modèle et joueur d’impact au bras gauche surpuissant, tatoué des anneaux olympiques, Gustavo porte pour le moment beaucoup de frustration depuis son arrivée en Bretagne, la faute à divers pépins physiques mais garde une ambition intacte : « On a un super groupe, avec beaucoup de qualité qui a les moyens d’aller chercher le Top 8, j’en suis convaincu. Nos jeunes sont très forts et à l’écoute, nos leaders, comme Egon, Asier et Xavier, très performants et l’expérience est là.

J’adore mon binôme avec Mathieu, on se complète vraiment bien et on s’entend parfaitement. Il y a tout pour s’éclater et continuer de grimper. Je me suis engagé sur trois ans et j’entends bien remplir les objectifs, personnels et collectifs. Avec je l’espère, les JO de Los Angeles avec le Brésil en objectif suprême. »

Sera-t-il temps ensuite de retrouver le soleil de Sao Paulo ? « Je ne sais pas où va me mener la vie. Si demain, tu me dis que le hand c’est fini, là oui, je rentre de suite mais dans quelques années, qui sait ? J’ai divorcé en quittant Chambéry, suis arrivé seul ici mais peut-être rencontrerai-je de nouveau quelqu’un, avec une vie qui s’inscrira ici ?

Je ne sais pas et quelque part, c’est aussi ça, la vie. J’ai encore beaucoup d’années de hand devant moi, je l’espère, j’en ai l’envie en tous cas et le handball, c’est comme un long voyage, qui dure longtemps. A Cesson ou peut-être encore plus haut, qui sait, mais je ne m’interdis rien et je veux profiter, au maximum. »

Signature de l'auteur, Julien Bouguerra.

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