JRS100- Basket – URB : Entretien avec le capitaine Joffrey Sclear

Joffrey Sclear
Capitaine et leader du groupe, Joffrey Sclear a de l'ambition pour son groupe @Crédit Photo JRS

« Mon rôle sera aussi d’accompagner nos jeunes »

Plus ancien joueur de l’effectif, le capitaine de l’URB et jeune papa Joffrey Sclear livre ses premières sensations sur son équipe fortement remodelée cet été. Entre exigences du haut niveau, transmission et ambition, il livre les objectifs d’une saison passionnante à venir.

Quel regard portes-tu sur ce début de la saison, entre préparation et premiers matchs officiels ?

Il est encore difficile de juger vraiment le niveau du groupe. Ce qui est certain, c’est qu’il y a du potentiel. On a un mélange d’expérience, de jeunesse et de fougue. Notre premier chantier, c’est la rigueur, aussi bien défensive qu’offensive. On a énormément de choses à apprendre.

Mais c’est justement ce qui est encourageant : on a une vraie marge de progression. Je pense que cette équipe peut être très différente d’ici dix matches.

Tu as vu passer beaucoup de joueurs depuis dix ans. Est-ce que tu identifies déjà de très gros potentiels dans ce groupe ?

Oui, il y a des joueurs avec de belles qualités. Maintenant, le vrai challenge, surtout pour les plus jeunes, c’est d’apprendre à se professionnaliser. Et ça ne concerne pas seulement le basket. Il y a les entraînements, la récupération, l’alimentation, le sommeil, la musculation, tous ces détails qu’on ne voit pas forcément mais qui comptent énormément quand on veut devenir joueur professionnel.

Tu as connu cette transition toi-même. Tu peux donc mesurer le chemin à parcourir.

Oui. Quand j’ai commencé, on était en N2 et le fonctionnement n’était pas encore totalement professionnel. J’ai clairement vu la différence au fil des années. Aujourd’hui, les jeunes doivent progresser sur l’aspect sportif, mais aussi sur tout ce qui se passe autour. C’est important parce que, pour certains, l’URB sera une étape. S’ils veulent aller plus haut, il faut qu’ils soient préparés à ça.

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« Avec l’âge, tu comprends que ton corps est ton outil de travail »

Ton rôle est aussi de les accompagner dans ce parcours…

C’est vrai. Je suis dans les plus vieux, même si je reste encore jeune ! J’essaie de les aider s’ils me le demandent, de les guider et de faire au mieux. J’essaie de transmettre ce que j’ai appris avec cette idée que si tu n’es pas professionnel et exemplaire à l’URB, il ne faut pas imaginer que tu pourras l’être facilement au niveau supérieur.

Le haut niveau, c’est aussi une affaire de sacrifices. Tu en as fait beaucoup ?

Le plus gros sacrifice, ça a toujours été la gestion du temps. J’ai longtemps eu un double statut, avec le travail et le basket. Quand tu fais ta journée de travail et que tu enchaînes avec l’entraînement le soir, forcément, tu ne peux pas faire tout ce que tu voudrais à côté.

Aujourd’hui, le fait d’être à 100% sur le basket permet aussi de mieux travailler tout ce qui concerne la récupération, l’alimentation, le corps, la musculation… Pendant longtemps, je faisais très peu de musculation parce que je n’avais tout simplement pas le temps, comme pour le kiné, les soins. Avec l’âge, tu comprends encore davantage que ton corps est ton outil de travail.

@Crédit photo JRS

Et à 30 ans, la récupération n’est évidemment plus la même qu’à 20 ans.

Oui, forcément. Je sens que je peux être un peu moins explosif par moments. Mais j’ai la chance d’avoir un jeu qui n’est pas forcément très exposé aux risques. Globalement, je suis en bonne forme. Le plus compliqué, ce sont davantage les douleurs articulaires, l’usure.

Ce n’est pas forcément l’âge, c’est surtout l’accumulation. Mais ça se gère (rires) !

Sur le terrain, justement, le projet évolue-t-il beaucoup par rapport à la saison dernière ?

Il y a une continuité, notamment offensivement. Mais défensivement, ce qu’on veut faire est beaucoup plus poussé. On veut avoir un impact beaucoup plus fort et davantage maîtriser. Notre souhait sera de devenir beaucoup plus solides.

Avec toujours cette volonté de jouer vite ?

Oui. Nous gardons cette envie de se projeter vers l’avant, d’avoir du jeu libre, mais il faut aussi réussir à cadrer tout ça. Il y a un équilibre à trouver entre un basket ouvert et créatif et des séquences où il faut être extrêmement précis et rigoureux. C’est cette alternance qu’on doit encore apprendre à maîtriser.

« J’aimerais que ça arrive plutôt dans deux ou trois ans… »

L’objectif, c’est clairement d’aller chercher la poule haute ?

Aujourd’hui, nous sommes un peu dans un entre-deux. On n’a peut-être pas aujourd’hui les moyens de concurrencer les équipes qui ont davantage de budget et des effectifs plus fournis mais nous ne sommes pas si loin. D’un autre côté, il ne faut surtout pas considérer la poule basse comme acquise ou confortable si nous nous y retrouvons.

Le championnat peut aller très vite dans un sens comme dans l’autre. Accrocher la poule haute, si l’on y parvient, nous permettrait de continuer à apprendre et à progresser dans un environnement forcément plus exigeant.

Te projettes-tu à long terme avec si possible une nouvelle montée ici ?

Bien sûr, j’aimerais même que ça arrive plutôt dans deux ou trois ans (rires) ! Je suis arrivé alors que le club descendait de N1, j’ai connu la N2 puis le retour en N1. Alors oui, une montée de plus, ce serait grandiose, surtout sur le terrain car la dernière était au moment du Covid.

Mais il faut aussi regarder la réalité du terrain. Aujourd’hui, le club est encore dans une phase de transition structurelle et travaille dessus.

Il y a les bases pour accueillir une équipe professionnelle mais pour la Pro B, il faudra encore davantage de moyens, de partenaires, d’aides publiques… C’est aussi une réalité : les équipes qui jouent tout en haut ont les plus gros budgets.

Il te reste encore quelques belles années de basket devant toi, n’est-ce pas ? 

Je l’espère, oui et je ne me projette pas trop là-dessus. Je sais simplement que tout ce que j’ai vécu jusqu’ici, je l’ai vraiment apprécié. J’ai la chance d’être resté dans un seul club, dans une seule ville. C’est quelque chose d’assez rare et j’en suis très reconnaissant. Je prends les saisons les unes après les autres et surtout, je vais voir comment mon corps répond.

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« Sans être prévenus, nous nous sommes retrouvés tous les deux à la maternité »

D’autant plus que ta vie a aussi changé, avec l’arrivée de ton premier enfant, Malo…

La différence, c’est qu’on n’a plus seulement la responsabilité de soi. Ça change forcément beaucoup de choses. Je suis convaincu que les émotions ont un impact direct sur le corps. Quand tu es bien dans ta vie, ça suit sur le terrain. À l’inverse, quand tu as des nuits compliquées… Après, il y a les compromis. Sophie, ma femme, m’aide énormément, avec les impératifs des entraînements, des déplacements.

Forcément, il y a des moments où je suis moins présent et j’essaie de compenser cela dès que possible. Il faut s’organiser. Certaines nuits, c’est elle qui se lève, d’autres fois c’est moi. On s’adapte mais je crois, quel que soit le métier, que c’est le lot de tous les jeunes parents.

Un événement assez dingue a d’ailleurs marqué cette période : ton entraîneur Bastien est devenu papa quasiment au même moment que toi, la même nuit en tous cas !

On savait que ça pouvait arriver. Ma femme avait dépassé le terme et pour Bastien, l’arrivée des jumelles était programmée. Sans s’être prévenus, nous nous sommes retrouvés à la maternité au même moment.

Là, il n’y avait plus de coach, plus de capitaine : juste deux potes qui vivent quelque chose de très fort, au même moment. Ça crée forcément un lien supplémentaire et surtout, aucun de nous deux n’aura le droit d’oublier les futurs anniversaires à venir !

Dernier sujet : les Camp URB, dont tu es désormais en charge. Quel est le concept ?

Ce sont les stages de basket organisés pendant les vacances scolaires. L’idée est de permettre aux jeunes de vivre un peu l’expérience URB, au contact des joueurs et du staff professionnels, dans un cadre d’entraînement différent de celui qu’ils peuvent connaître dans leur club, avec un vrai contenu basket.

Ils viennent apprendre, progresser et découvrir ce qu’est l’environnement d’une équipe professionnelle. Je m’occupe de l’organisation et de la planification, avec la direction des stages.

En résumé, voilà une saison où tu dois être à la fois capitaine, joueur expérimenté, jeune papa… et désormais directeur de stages !

Oui, ça commence à faire beaucoup ! Mais c’est aussi ce qui est intéressant. Il faut savoir gérer les priorités, profiter des bons moments et continuer à avancer. Et puis, tant que le corps répond et que j’ai toujours envie de jouer, je prends. Le reste, on verra ça plus tard !