Edito : Deux ans déjà…

L'édito de votre JRS.
L'édito de votre JRS.

Une fois n’est pas coutume, le « Je » va remplacer le jeu pour une confession peut-être pas à sa place ici, mais qui, à l’inverse d’un énième et insipide post Facebook ou Insta, restera imprimée sur ce papier, là, entre vos doigts. Parce que mon expérience pourrait aussi être celle de beaucoup d’hommes, d’ados ou de femmes n’osant pas en parler, ou agir, par peur de l’après, peur de se tromper. Peur d’oser, tout simplement, changer le cours d’une vie, même à la dérive ou en souffrance.

Suis-je impudique, abusant ici de ma chance de pouvoir m’exprimer à vous, ou ai-je tout simplement l’envie de partager mon expérience afin qu’elle puisse être utile à l’un, ou plusieurs d’entre vous ? Alors ce texte serait utile, et je n’aurai aucun regret à vous le livrer. Le 25 avril 2024, j’entre en bloc opératoire, unité bariatrie, à la Sagesse, avec une décision qui va tout changer. Mon rapport à moi, à l’alimentation et au sport, qui n’est plus un jeu mais devient alors un enjeu.

Suivant le match sur mon PC, les buts m’arrivent quelques secondes en retard

Mon lien aux autres, à moi-même, aux regards, à l’image sociale, familiale et même de par mon métier, médiatique. Une décision lourde, le coup d’envoi d’un match à livrer à vie face à mes démons, dont l’issue est perdue d’avance si rien ne change mais qui ne sera gagné qu’avec, désormais, une rigueur quotidienne. Car oui, l’obésité n’est pas un choix ou un abandon de sa dignité, ni une flemme. Ce n’est pas non plus une punition que l’on a méritée, ni une fuite en avant.

L’obésité, c’est avant tout une maladie, indirectement mortelle, qui mijote, se développe au cœur d’une culture de convivialité, d’abondance, de malbouffe aussi, à vitesse grand V sous des yeux que beaucoup s’efforcent souvent de fermer. On n’appelle pas au combat pour les obèses, on les réduit au silence, on les cache quand on ne les stigmatise ou cache pas du mieux possible. Nous sommes pourtant de plus en plus nombreux pris dans ce fléau et nos enfants et ados, entre sédentarité, déprime, manque d’éducation alimentaire et inactivité, sont en première ligne face à une menace mondiale pour demain.

Le 28 avril 2024, depuis ma chambre d’hôpital, quelques jours après l’intervention menée de main de maître par Ollivier Gérard, un homme formidable, j’entends les clameurs du Roazhon Park, puis des silences assourdissants précédents les annonces des buts brestois. Suivant le match sur mon PC, les buts m’arrivent quelques secondes en retard, gâchant le plaisir mais donnant à la situation une dimension unique. L’équipe JRS m’a dit de me reposer mais j’écris quand même le résumé de ce 4-5 historique, mettant, c’est vrai, un peu plus de temps qu’à l’accoutumée.

On mange bien surtout, l’âge n’étant pas un critère et on bouge, histoire de faire du bien à son corps, à sa tête

55 kilos de moins et deux ans plus tard, j’y ai forcément repensé au moment de prendre le départ de l’Urban Trail, défi rêvé à l’époque. Courir 7 km quand vous êtes en obésité morbide revient à imaginer une signature au Stade Rennais quand vous évoluez en District 2. La probabilité est mince… Mince, je ne le suis pas devenu, juste normal aux yeux de cette société à laquelle j’avais toujours rêvé de plaire. Alors j’ai bouclé la course, ma troisième du genre, en moins d’une heure, aux côtés de ma femme, Marie, ma combattante du quotidien, mon soutien indéfectible.

En rentrant, Charly et Margot, nos enfants nous attendaient : « On mange quand, on mange quoi ? ». On mange bien surtout, l’âge n’étant pas un critère et on bouge, histoire de faire du bien à son corps, à sa tête et d’avancer au mieux face aux matchs de la vie à venir. Histoire aussi de réussir à devenir soi-même et pas celui que les autres veulent que l’on soit. Histoire enfin, d’éviter au maximum d’écouter un speaker briser le suspense d’un match regardé avec un décalage sur PC installé dans un lit d’hôpital.

Signature de l'auteur, Julien Bouguerra.