Celle-ci, peu de monde l’a vue venir ! Que ce soit en tribunes ou en salle de presse, en avant match, où le pronostic ne résidait pas sur l’identité du vainqueur mais plutôt sur l’ampleur de la déroute à venir redoutée de tous.
Prenant en compte le PSG avec son équipe type, la semaine chaotique vécue par Rennes avec le renvoi en cours d’ Habib Beye et surtout, une série désastreuse de quatre défaites de suite toutes compétitions confondues et une confiance en berne, il fallait vraiment avoir la foi pour y croire. Paris, de son côté, restait sur sept victoires de rang en Ligue 1.Oui mais voilà…
Le scénario d’un match n’est jamais écrit à l’avance et le foot encore moins une science exacte. Et quand il s’agit de décontenancer son petit monde, le Stade Rennais est rarement le dernier à s’illustrer. Autant le dire, cette superbe victoire face aux champions d’Europe est probablement un marqueur dans cette saison si irrégulière et peut-être, le départ d’autre chose, au meilleur moment possible.
Une victoire menée avec humilité, résilience mais aussi détermination par le trio intérimaire, en attendant l’arrivée imminente de Franck Haise, Sébastien Tambouret, Pierre-Alexandre Lelièvre et Maxime Le Marchand.

Mousa Al-Tamari omniprésent
Trois garçons avec le vent (et la pluie) dans le dos, qui choisissent de ranger, espérons le pour de bon, la défense à trois centraux et de miser sur la profondeur. « On a joué à quatre derrière car il y avait aussi des absents en défense, précisait après la rencontre le coach rennais. Ce qui nous a incité à réfléchir.
On voulait aussi amener les Parisiens au maximum sur les côtés. Les gars derrière se sont soutenus, ont communiqué, ont été concentrés durant 90 minutes, pour couvrir, anticiper.«
Comme un symbole, Mousa Al-Tamari, chahuté par Habib Beye après Lens et heureux de retrouver son vrai poste, milieu offensif de côté, est l’homme décisif de cette première période, où ses accélérations font mal à Nuno Mendes, plus occupé à attaquer qu’à défendre.
Après avoir vu Esteban Lepaul tenter sa chance et voir sa magnifique toucher l’extérieur du poteau de Matvei Safonov (6′), c’est lui qui libère tout un stade à la 35′, comme un symbole, en profitant d’un long ballon dans le dos de Nuno Mendes, peu inspiré sur ce coup-là, pour crocheter Pacho à l’entrée de la surface et placer parfaitement son ballon au ras du poteau droit du gardien russe.
Avant ce but, les Rennais n’ont pas compté leurs efforts. Dans le pressing d’abord, avec un trio d’attaque généreux et comme libéré dans ses prises d’espaces. Arnaud Nordin rate une belle opportunité, Quentin Merlin s’essaie lui aussi et Sebastian Symanzski manque de promptitude sur le tir de l’ancien marseillais repoussé par le gardien parisien mais le 1-0 est déjà une belle récompense.
Désiré Doué mange la feuille, Brice Samba dominant
C’est aussi une valorisation du travail défensif de l’équipe, cohérent et solidaire, et bonifié par la grosse performance de Brice Samba, décisif à plusieurs reprises notamment sur une tentative un brin arrogante de lob de Désiré Doué (12′) ou sur une frappe enroulée d’Ousmane Dembelé (34′). Comme le soulignait Sébastien Tambouret après la rencontre : « On ne gagne pas un match comme celui-ci sans un grand gardien… » (mt, 1-0).
Des mots qui vont trouver écho en seconde période, avec un gardien encore plus en feu face à des Parisiens bien décidés à revenir. Arnaud Nordin a néanmoins la première occasion du second acte, parti tout en vitesse défier Matvei Safonov mais ne trouve pas le cadre (47′).Quentin Merlin n’est pas loin, quelques minutes plus tard, d’amener à son tour le but du break mais ce n’est que partie remise.

Rennes, solidaire et appliqué défend bien sans renier ses velléités offensives et pique une seconde fois. Sur un corner parfaitement tiré par Sebastian Szymanski, Esteban Lepaul de la tête, croise parfaitement pour le second but rennais (68′, 2-0) !
En feu, le Roazhon Park fait la fête mais se fait doucher dans les minutes suivantes, avec un centre anodin d’Achraf Hakimi contrée et dévié juste comme il faut de la tête par Ousmane Dembélé (71′). La fin du match sent le souffre et Brice Samba mène la danse avec un double arrêt de très grande classe devant Gonçalo Ramos (76′).
Dans la foulée, Lilian Brassier supplée héroïquement son gardien avec un retour in extremis. Non, Rennes ne va rien lâcher et se montre revanchard, à l ‘image de son gardien, interrogé sur Ligue 1+ après la partie : » C’est une petite revanche personnelle par rapport à la semaine dernière, des choses qui ne se sont pas bien passées. Maintenant c’est le passé, la meilleure réponse c’est sur le terrain.
Je suis très fier de ce qu’on a fait en équipe. On a fait un match solide, costaud, c’est très bien pour la suite. Tout le monde s’est arraché ce soir. Quand on est comme ça, on est très difficiles à battre. On le savait mais on avait du mal à le répéter assez souvent.
Maintenant on est dans la « merde » parce qu’on ne doit plus faire moins par rapport à ce soir. On doit enchaîner et garder cet état d’esprit. Il fallait casser cette spirale de défaites, c’est chose faite. En plus face au leader, c’est très bien. » Plus « Beye » la vie, donc, pour le portier international français !

Coaching gagnant pour le 3-1
Des mots forts à l’issue d’une fin de rencontre où Rennes se met définitivement à l’abri sur une contre-attaque éclair conclue par trois des entrants. Djaoui Cissé pour fixer à l’entrée de la surface, Ludovic Blas à la passe, parfaite, pour Breel Embolo, à la finition de près, de façon peu académique de la cuisse mais qu’importe (82′) ! 3-1, n’en jetez plus, l’affaire est pliée et le Stade Rennais tient sans trembler son avantage, jusqu’au bout.
A la surprise générale, Rennes regoûte ainsi à la victoire de la meilleure des manières, et après Lyon, Lille, Marseille, Strasbourg et Monaco, s’offre un nouveau pensionnaire du top 8. De l’enthousiasme, de la cohérence, du plaisir, autant d’ingrédients devenus invisibles ces dernières semaines et que l’on retrouve avec plaisir.
De quoi aussi renouer avec un public heureux d’avoir tourné la page Habib Beye, si l’on retient les mots du RCK après la rencontre. Sébastien Tambouret, lui, pensait surtout et seulement à ses joueurs à l’issue du match. Une nouveauté, là-aussi : « Quand on est dans le vestiaire et qu’on voit les sourires comme ça, c’est la récompense de tous les efforts, et cela ne peut rendre que heureux. Cela a demandé énormément d’efforts. Être bon ne pouvait pas suffire, il fallait que beaucoup de choses se complètent… »
Avant d’enchaîner en soulignant : « On a eu les attitudes, l’engagement, la solidarité, avec l’appui du public dès les premières minutes. Tout cela permet dans un match de haut niveau de gêner n’importe qui. On voulait tout simplement exister avec l’objectif de ne pas trop reculer, d’être engagé ensemble et pas chacun de son côté. Si on défendait bien collectivement, on pourrait bien attaquer ensuite. »


« Je suis au service du club »
Le contexte, lui, n’offrait aucune certitude quant à l’attitude de joueurs, qui ont finalement offert une vraie réaction : « Il y avait de la frustration chez les gars par rapport à ce qu’ils avaient montré dernièrement. On s’en est servi aussi comme bonne source d’énergie. Il fallait libérer, et en quatre jours, on est allé vers la clarté et l’engagement. » Libérés, délivrés…
Coach d’un soir, celui qui a été chaleureusement fêté par le RCK mais surtout ses joueurs, conclut parfaitement : « Pour jouer, il faut avoir le sourire et être heureux. On a montré l’image que l’on voulait. J’ai accepté cette mission avec responsabilité et envie, je suis au service du club, et on va tous profiter, savourer. On se souvient à la fin des relations humaines, et je m’en souviendrai. »
Ce soir, oui, le coach avait de quoi être fier de ses joueurs et de ce qui a été produit, et à juste titre, lui. Et ce même son avenir s’inscrit en toute transparence du côté de Milizac la semaine prochaine sur le banc de l’équipe de N3, loin du banc de l’équipe fanion d’un Stade Rennais, sur lequel Franck Haise est attendu en début de semaine prochaine, avec Auxerre comme première étape d’une nouvelle aventure, au prologue parfaitement réussi.




