Handball – Cesson : Sébastien Leriche : « Toujours se rappeler d’où l’on est partis en juillet dernier »

Entretien avec Sébastien Leriche.
Sébastien Leriche dresse un premier bilan. @Crédit photo : JRS

La faute à une sale série en novembre et décembre, les Irréductibles ont vu leur très bon début de saison terni comptablement mais affichent tout de même à mi-parcours un total satisfaisant de 11 points. A l’heure du premier bilan, l’optimisme est ainsi de mise pour Sébastien Leriche, leur coach, impatient de confirmer en 2026 et même de faire mieux, le regard tourné vers le haut.

Vous êtes onzièmes à mi-saison avec un meilleur total de points que l’an passé et pourtant un match en moins. Le bilan est-il positif à vos yeux ?

Je le pense, oui. J’ai pour habitude de toujours me rappeler d’où l’on est partis et en juillet dernier, il y avait une multitude d’inconnues, avec beaucoup de questionnements, à tous les étages. Nous sommes dans un renouvellement important de l’effectif et il fallait être en phase, ne pas nous tromper sur la mise en place du projet. Pour cela, un groupe était à créer, celui-ci semble avoir plutôt bien pris, sur comme en dehors du terrain. Les résultats et les productions réalisées l’ont démontré et ont forcément facilité les choses.

Ensuite, sur novembre et décembre, avec les circonstances que l’on sait comme le calendrier particulier que nous avons eu notamment, cela a été un peu plus difficile mais pour autant, le groupe ne s’est jamais désuni. L’ensemble des résultats est ainsi assez équilibré et plutôt positif, même s’il est toujours possible de faire mieux. On peut estimer qu’avoir 2 ou 3 points de plus n’aurait rien eu d’usurpé.

Il fallait aussi récréer une dynamique dans le staff, reprendre votre place ce qui n’était pas une évidence pour tout le monde, vu de l’extérieur…

Nous avons mis les choses à plat pour repartir ensemble, vers un objectif commun. Bien sûr que des choses ont changé, c’est certain mais nous avançons et nous travaillons dur et plutôt bien. Entre nous, chacun sait ce qu’il a à faire et fait de son mieux, nous donnons beaucoup, avec un maximum de professionnalisme et l’équilibre est là, tourné vers les objectifs collectifs.

« Quand on traverse ce que j’ai connu, psychologiquement, ce n’est pas simple. Tout le monde a un ego, moi aussi, bien sûr, et la mise en retrait que j’ai vécue m’a fait mal. Mais avec le recul, ça m’a beaucoup appris »

Cette année 2025, à titre personnel, ne vous aura pas épargné…

(Il hésite longuement avant de répondre) Oui, je reconnais que l’année a été extrêmement éprouvante sur le plan personnel. Quand on traverse ce que j’ai connu, psychologiquement, ce n’est pas simple. Tout le monde a un ego, moi aussi, bien sûr, et la mise en retrait que j’ai vécue m’a fait mal. Mais avec le recul, ça m’a beaucoup appris : sur le métier, sur ma manière de l’exercer, sur les relations humaines, et ça m’a poussé à une véritable introspection.

Je le répète, je suis le premier à me réjouir que l’équipe se soit sauvée et à féliciter tous les acteurs qui ont contribué à cette réussite. À l’instant T, c’était sûrement la meilleure décision. Sur le plan personnel, le décès de ma maman a aussi été une épreuve très difficile, dont je ne suis pas encore totalement sorti. Quand des événements tragiques comme celui-ci vous touchent, ils modifient inévitablement votre regard sur beaucoup de choses et amènent à repenser le sens des priorités.

Si l’on revient au terrain, regardez-vous aujourd’hui devant ou derrière avec cette onzième place ?

L’objectif qui nous a été fixé cet été est la neuvième place et nous sommes aujourd’hui dans les clous, avec un match de retard, pour être en phase avec celui-ci, à trois points d’Aix. Nous devons regarder devant, être portés par l’ambition de nous améliorer car cette équipe a une vraie marge de progression. Je n’oublie pas que nous avons été privés une bonne partie de cette phase aller de Mathéo Briffe et de Gustavo Rodrigues, ce avec un effectif resserré à 14 pros.

C’est aussi pour cela qu’il nous a manqué le petit plus pour faire basculer les matchs en notre faveur à l’automne, où nous n’étions pas loin du tout, que ce soit à Tremblay, à Chambéry ou contre Limoges. Je ne veux pas rester figé sur le classement, analyser dans l’ensemble ce qui a été fait. Mon sentiment est que l’on pourra faire mieux sur la phase retour, avec de facto, plus de matchs à domicile. Il y a la place pour réaliser une vraie belle saison avec un groupe qui a offert beaucoup de points positifs.

Lesquels ?

Collectivement, je constate que nous marquons beaucoup de buts et cela offre du spectacle. En ayant plus d’attaques rapides, forcément, nous offrons aussi plus de possessions à nos adversaires en attaque et on prend plus de buts. Nous devons progresser encore défensivement. Il faut l’accepter. L’ADN de l’équipe est peut-être un peu moins dans le combat que par le passé, de par les joueurs qui la composent, mais elle a d’autres qualités, notamment techniquement et tactiquement en attaque.

« Je connais peu d’équipes qui réussissent une belle saison sans arrêts de gardien »

Quels sont les axes d’amélioration pour 2026 ?

Il faudra avoir plus de stops défensifs de manière à se projeter encore plus vers l’avant et être plus efficaces sur le jeu rapide, où nous avons de vraies possibilités. Nous devons aussi être plus imprévisibles et dangereux de loin, notamment sur le côté gauche de notre base arrière. La montée en régime offensivement de Mathéo Briffe sera sur ce plan importante et je compte sur la préparation de janvier pour le retrouver à 100 % offensivement en février.

Sur le cœur du jeu, enfin, il faudra trouver des alternatives quand Egon est absent ou pris de trop près. Il est devenu en très peu de temps notre dépositaire du jeu et a vite été ciblé, recevant un traitement de faveur au fil des semaines qui doit nous amener à revoir nos plans et prévoir des plans B. Ses performances sont très bonnes mais nous devons pouvoir surprendre par d’autres biais.

Vous attendiez-vous à une adaptation aussi rapide de sa part ?

C’est impressionnant. Il n’a pas eu besoin de beaucoup de temps pour s’adapter à la Starligue et a tout de suite pris le niveau de jeu français. Il fait briller les autres, avec un nombre de passes décisives conséquent et s’est imposé comme notre facteur X.

Individuellement, Xavier Labigang et Mate Sunjic sont aussi de très belles satisfactions ! 

Concernant nos gardiens, je connais peu d’équipes qui réussissent une belle saison sans arrêts de gardien. On minimise souvent leur impact sur un match, voire même sur une saison ; mais leur part est prépondérante à un bon résultat, j’en ai toujours été convaincu. Maté est une valeur sûre, il n’a plus rien à prouver et n’est pas capitaine pour rien. Sa saison est bonne et bien souvent les résultats sont venus avec des grosses prestations de sa part. Jean-Emmanuel est aussi très intéressant et monte en régime.

En ce qui concerne Xavier, il arrive en pleine maturité, avec son meilleur handball. Il est bien mentalement comme physiquement, joue libéré et confirme ses gros progrès, avec une grosse efficacité et surtout, de la régularité. Il s’affirme comme l’un des meilleurs ailiers du championnat et sera encore plus surveillé sur la phase retour. Cela a déjà commencé mais il s’adapte et sait que cela libère aussi des espaces pour ses coéquipiers.

L'accompagnement durable dans l'habitat.

Le poste de pivot nous interroge à ce jour, où de sacrés clients étaient à remplacer après les départs de Romaric Guillo, Edgar Dentz et Axel Oppedisano. Etes-vous satisfait ?

Nous sommes sur des profils très différents, mais aussi un jeu qui n’est plus le même. Nous avons adapté notre projet de jeu aux profils en notre possession. Erik est un pivot de position, qui bouge une défense et bénéficie d’une vraie connexion avec Egon, depuis des années. Simon Ooms est plus dans le côté mangeur d’espaces, aime bouger derrière ses défenseurs, les deux proposant une alternance dans le jeu.

Je suis persuadé qu’on verra plus Simon si nous sommes en capacité de présenter plus de danger de loin sur le poste d’arrière gauche notamment. Je suis satisfait des deux, y compris en défense même si nous pouvons bien sûr encore nous améliorer.

« Notre chance sera de reprendre dès le 4 février, cela va venir vite »

Comment se déroule la préparation de janvier ?

Nous avons coupé quinze jours, avec une reprise le 5 janvier, avec une remise en charge progressive, pour monter en régime. Notre chance sera de reprendre dès le 4 février, cela va venir vite, avec notre match en retard à la Glaz face à Toulouse. C’est une chance car cela évite une préparation à rallonge, même si nous aurons l’absence d’Egon qui participera à l’Euro avec la Hongrie et de Gustavo qui va avoir besoin de temps pour se remettre de sa grosse entorse contractée à Nantes.

Nous jouerons deux matchs amicaux, contre Pontault-Combault le 20 janvier à Pacé puis le vendredi 23 contre Caen à Château-Gontier. Nous avons fait le choix de deux amicaux seulement. Janvier n’est jamais simple à gérer.

Avec ces deux réceptions de rang, contre Toulouse puis Dijon, l’occasion est belle d’attaquer la phase retour en force !

Nous allons pouvoir travailler avec un objectif qui va vite arriver. Février est intéressant pour partir sur une belle dynamique, sans tarder. Attention, cependant, à ne pas jouer les matchs sur le papier avant de les jouer vraiment… Toulouse reste une très belle équipe, qui revient bien et qui n’est finalement pas si loin de sa feuille de route.

Sur un match, cependant, nous pouvons les bouger et les battre, nous l’avons fait dans un passé récent et on devra sortir une grosse prestation pour le refaire. Dijon, c’est un adversaire de très bonne qualité, qui l’a prouvé lors des matchs allers et où nous avions souffert pour ramener le nul au match aller. Nous devons être capables d’assumer notre statut face à eux mais là aussi, il faudra être à 100 % pour prendre les points !

Au moment d’attaquer 2026, que peut-on vous souhaiter de mieux, à vous et votre équipe ?

Sincèrement de continuer à prendre du plaisir, que ce soit à l’entraînement, où ce groupe est super agréable à entraîner et à accompagner comme en match, où nous voulons remporter un maximum de rencontres sans nous soucier de qui est en face. Il y a un vrai potentiel dans ce groupe, dont nous sommes convaincus avec le staff, et nous chercherons à aller le plus haut possible avec eux. Personnellement, j’ai besoin d’avancer, de profiter simplement de chaque instant avec mes proches, et de continuer à vivre ce métier qui, s’il est éprouvant, reste avant tout une passion et une chance. Je souhaite à tous les lecteurs une belle année 2026 !

Signature de l'auteur, Julien Bouguerra.