Avec plus de 2500 matchs à son actif, Laurent Depret connaît son sujet. Passé notamment par RMC Sport où il fut la voix du rugby entre 2006 et 2020, le journaliste qui officie depuis plus de 25 ans est désormais correspondant en Bretagne pour le Midi Olympique. Il revient avec nous sur l’essor du rugby breton avec un regard particulièrement positif sur le REC Rugby.
Originaire de Provins, en Seine-et-Marne, comment as-tu découvert le rugby ?
Rien ne me disposait au rugby. J’ai d’abord attrapé le virus du sport par le tennis. Mon père était président d’un club. Pour le rugby, c’est via mon grand-frère, de six ans mon aîné. Il en faisait et c’était mon Dieu vivant. Sinon, j’avais également un parrain qui, chaque lundi, lisait un journal tout jaune. C’est là que j’ai découvert Midi Olympique. Concernant la pratique, j’ai commencé le rugby au collège, à 11 ans, mais j’ai eu ma première vraie licence à 18 ans. Je me suis fixé au poste de centre.
Le journalisme, lui, n’arrive que bien plus tard…
Effectivement, en 1998. Je rentre dans la profession par le biais d’une connaissance, pour le dernier numéro de Tennis de France. Ensuite, avec la coupe du monde de football en France, L’Équipe passait en publication 7 jours sur 7. Le rugby était de plus en plus visible et il y avait un ovni qui venait d’être champion de France, le Stade Français.
La Ligue nationale de rugby venait aussi de se créer et le journal avait besoin de gens s’y connaissant. Plus tard, j’ai également fait des piges au Parisien pour la coupe du monde 1999 de rugby puis j’ai aussi été correspondant parisien pour Sud Radio. Finalement, à l’approche de la coupe du monde 2007 en France, j’ai eu une proposition de François Pesenti (ancien directeur du service des sports de RMC) pour les rejoindre.
C’était en 2006. Je suis passé de pigiste à voix du rugby sur RMC. J’ai découvert les vols intercontinentaux (rires). À la fin de cette longue expérience, à la suite d’un plan de départ volontaire, j’ai arrêté et basculé sur autre chose. Finalement, M6 est revenu me chercher en 2023 pour former un des trois binômes aux commentaires de la coupe du monde en France.

Que fais-tu désormais ?
J’ai plusieurs casquettes. Il y a évidemment le Midi Olympique, où je couvre le RC Vannes et le REC Rugby. Appartenant à Midol, le site internet Rugbyrama diffuse le championnat de Nationale donc je me suis aussi retrouvé à commenter des matchs du REC Rugby au Vélodrome. À côté de ça, depuis six mois, il y a aussi It’s Rugby.
C’est un site surtout célèbre pour ses datas mais qui a été racheté par un groupe voulant mettre en avant, entre autres, le rugby amateur. J’en suis le correspondant Grand-Ouest, sur des sujets couvrant les Pays-de-la-Loire et la Bretagne. C’est le même métier qu’à l’époque de RMC mais il y a un petit plus de proximité et moins de matériel (rires).
« Entre les clubs bretons, il y a énormément d’échanges entre les staffs et je pense notamment aux « lundis techniques » une fois par mois »
Quel regard portes-tu sur l’essor du rugby en Bretagne ?
Depuis cinq ans, nous pouvons parler d’explosion du rugby breton. C’est la ruée vers l’Ouest. Il y a de plus en plus de clubs et de licenciés mais, revers de la médaille, tous les clubs sont à l’étroit. J’ai eu la chance d’assister aux assises du rugby breton et il y a le même axe de développement dans les quatre départements. Il y a environ 2000 longs terrains mais seulement 137 terrains sont équipés de fourreaux pour les poteaux de rugby. Dans certains villages, il y a un superbe terrain de football mais ne servant que 12h par semaine. Les territoires ont une véritable politique de développement à mener là-dessus.
Le RC Vannes est-il l’exemple à suivre ?
Il est évidemment la locomotive. L’exemple le plus marquant est sans doute le match de préparation au Roudourou à Guingamp. Le stade était plein et cela faisait longtemps qu’il ne l’avait pas été. Toulouse, adversaire lors de ce match, est aussi venu faire un stage de présaison en Bretagne, plutôt que de rester en Occitanie. Ils avaient notamment été bluffés par l’ambiance à La Rabine en 2014 (premier match de l’histoire du RCV en Top 14, ndlr).
Entre les clubs bretons, il y a énormément d’échanges entre les staffs et je pense notamment aux « lundis techniques » une fois par mois. C’est vraiment bien fait avec des kits, des exercices à faire ou encore des conseillers techniques à disposition des clubs. Kévin Courties ou Jean-Noël Spitzer y sont déjà allés. Enfin, s’il fallait un énième exemple, le prochain congrès de la Fédération aura lieu à Brest.

« Le REC, c’est le plus petit budget du championnat et rejoindre le club, c’est un projet de vie »
Dans cet ordre d’idées, que penses-tu du REC Rugby ?
En fin de saison dernière, en plus de son titre en N2, le REC a été récompensé d’un Oscar (oscar du rugby amateur Total Energies-Midi Olympique mettant à l’honneur les actions engagées et solidaires dans la ville, ndlr). C’est un club citoyen et inclusif. Il se différencie également des autres clubs car tout n’est pas une question de budget. C’est le plus petit budget du championnat et rejoindre le REC Rugby, c’est un projet de vie.
Les joueurs trouvent un projet de haut niveau mais aussi la possibilité d’y faire souche avec leur compagne et pourquoi pas ensuite les enfants. Ce ne sont pas les seuls à le faire mais qu’est-ce qu’ils le font bien ! Il y a aussi un centre de formation remarquable. Le club a beaucoup de mérite. L’axe de développement du REC, ce n’est pas d’avoir plus d’argent, ils savent gérer avec ce qu’ils ont, ce sont plutôt les infrastructures, la qualité d’accueil du public et la qualité du terrain. Le Vélodrome est vénérable mais il mériterait un vrai lifting.
« La Nationale vit une crise d’identité économique »
Depuis trois ans, la Nationale ne va pas à son terme avec tous les clubs engagés sur la ligne de départ. Le championnat vit-il au-dessus de ses moyens ?
Il y a une inadéquation entre les projets ambitieux et pouvoir les réaliser. C’est bien d’être ambitieux mais lorsque réaliser le projet met en danger la pérennité du club, là, il y a un problème de raison. On ne construit plus sur le long terme. On veut tout, tout de suite. Ce n’est pas parce que QSI, avec le Paris Saint-Germain, a mis énormément d’argent qu’ils ont gagné six Ligues des Champions. En rugby, Jacky Lorenzetti n’a gagné qu’un seul bouclier de Brennus avec le Racing.
L’exemple à suivre est le Stade Toulousain. Il y a la pérennité, le « recyclage » des anciens dans les structures transversales. Par exemple, Clément Poitrenaud a humblement entraîné les cadets et aujourd’hui, il est dans le staff de l’équipe première. C’est aussi un maillage institutionnel et territorial. À Toulouse, il y a des milliers de partenaires, du petit boulanger à Airbus. Il faut de l’argent mais ce n’est pas la garantie de gagner des titres. La Nationale vit une crise d’identité économique. C’est une compétition encore très jeune et il faut une refonte.
Le modèle du REC Rugby, via le double-projet, est-il tenable dans cette division ?
Oui et selon moi, c’est même un exemple à suivre. Si le modèle est aussi vertueux sportivement, il faut espérer que le maintien de cette année débouche, pourquoi pas, sur le fait de postuler à la Pro D2 dans quelques années. Vannes a mis 22 ans pour en être là où il est aujourd’hui. Néanmoins, il y a aussi eu le soutien indéfectible de la Ville.
Tu ne peux pas être le club de la région ou du coin sans être soutenu. Pourtant, dieu sait si le REC est un club identitaire, pas comme nous pouvons parfois l’entendre à tort et à travers, mais il y a le Gwen Ha Du, les couleurs « Noir et Blanc », le passage du bâton traditionnel en début de match. Il y a vraiment tous les codes.






