Ils sont deux capitaines emblématiques du REC Rugby de ces dix dernières années, devenus amis et même plus au fil des années et des matchs disputés en « Noir et Blanc ». Pendant plus de deux heures, Lilian Caillet et Alexandre Guéroult ont ouvert le livre à souvenirs sur leurs années rugby mais surtout sur une formidable amitié, dépassant largement le cadre du terrain et aussi parfois du bon sens. Fous rires garantis !
Le rôle de capitaine
Lilian : À la base, je n’en voulais pas. Le choix devait se faire à l’époque entre Luc Hoarau et moi. On se renvoyait un peu la balle et ça s’est fini par un : « J’ai des astreintes » de la part de Luc… (ndlr : Luc Hoarau étant médecin en réanimation). Je n’ai pas eu d’arguments et j’ai été désigné capitaine par l’entraîneur de l’époque, Olivier Lacaille. J’avais des qualités rugbystiques mais je n’étais clairement pas le meilleur.
Je voulais juste le meilleur pour l’équipe et je m’appuyais dessus. Si un gars était bon en défense, j’allais le voir discrètement en lui disant : « On fait quoi ? » Il me répondait quelque chose et j’allais voir le reste de l’équipe en disant « On fait ça ! » (rires) Ça valorise quelqu’un mais les autres joueurs ne sont pas dupes non plus. Parfois, tu vas te planter mais à partir du moment où tu l’as dit, il faut y aller. Il y a aussi des principes. Tu ne peux pas dire à quelqu’un « Va te sacrifier » si, de ton côté, tu te caches.
« S’il faut le faire, je vais le faire »
Alexandre : Je n’ai jamais demandé non plus. Ça s’est fait un peu comme ça avec la rotation des capitaines. Gaëtan (Béraud) s’était blessé et il ne restait plus que Ryan Dubois et moi. Ryan ne voulait pas plus que ça du capitanat. Je me suis simplement dit : « S’il faut le faire, je vais le faire ». J’ai eu la chance que le collectif suive.
De plus, le capitaine est aussi celui qui échange avec l’arbitre et qui est le seul à pouvoir le faire. Forcément, il est un petit peu plus exposé. D’ailleurs, c’était un de mes gros points faibles au début, notamment quand j’étais frustré. J’ai appris à mettre de l’eau dans mon vin, notamment en discutant avec les arbitres du club et à savoir leur dire ce qu’il fallait et surtout, ne pas dire ou faire certaines choses.
La relation coach-capitaine
Alexandre : J’ai connu Kévin (Courties) adjoint. C’est un ami. Il est devenu entraîneur principal et c’est là où nous avons eu les échanges principaux sur la relation entraîneur-capitaine. Je pense que nous avons réussi à faire la part des choses entre le rugby et l’à-côté. C’était clair entre nous. On se disait les choses et s’il fallait se dire « merde », on se le disait.
Je pense que le fait d’avoir compris comment fonctionnent l’un et l’autre nous a aidés dans le quotidien rugby. Il est ultra passionné, parfois un petit peu à l’extrême mais il cherche toujours des points d’amélioration. Au départ, il a su me piquer, en me disant que je n’étais pas le joueur qu’il lui fallait. Par la suite, j’ai fait mes preuves et il a su le dire devant tout le groupe. Cela ne s’oublie pas.
Lilian : Moi j’étais majoritairement sur la génération Yann Moison. La relation était sans doute un peu différente car je savais que j’étais davantage en fin de carrière. Je priorisais certaines choses, notamment la famille, et cela m’a valu quelques frigos, à savoir ne pas jouer le match suivant, mais c’était assumé (rires). Dans cette relation, ma priorité était le vestiaire et j’avais davantage un rôle de tampon. Si je n’étais pas là, ça n’allait pas faire perdre l’équipe.

Les différentes générations
Lilian : Je pense que nous avons connu trois époques et clubs différents. Il y a d’abord eu une génération d’anciens. Ils avaient une vraie « REC attitude » avec des chansons paillardes, des chansons de marins, une approche amateure, au sens noble du terme. Ils ont quasiment tous arrêté en même temps et nous nous sommes retrouvés avec un noyau à reconstruire. Il a fallu retrouver une identité et que le groupe n’explose pas car c’était aussi une période compliquée pour le club. Cette génération a repris le flambeau jusqu’en Fédérale 1 où il y a encore eu un autre changement de cap.
Alexandre : En parlant de la période où il a fallu reconstruire le groupe, il y a des entraînements, en hiver, où nous étions seulement cinq joueurs. Là, tout le monde aurait pu abandonner. Je pense que nous nous sommes aussi rapprochés avec Lilian à ce moment-là. A leur arrivée, Jean-Marc (Trihan), Kévin (Courties) et Yann (Moison) ont totalement structuré le club. Nous avons retrouvé des structures d’entraînement. C’était carré. Tu venais et tu savais ce que tu allais faire. Ça nous a changé la vie et nous avons changé de dimension, forcément, y compris dans l’approche de la pratique.
Alexandre Guéroult vu par Lilian Caillet et vice-versa
Lilian : Alexandre, c’est comme le petit frère qui finit par te dépasser, logiquement. Tu sais que tu dois arrêter quand il te donne un conseil… Déjà, tu as envie de dire « oh, le petit, là », mais surtout, il a raison… Bon, là, c’est réglé. Il a eu une meilleure carrière que moi, c’est indéniable, il a plus de titres et plus d’années au haut niveau. Chapeau !
Alexandre : J’ai rencontré quelqu’un de vrai et qui fonctionne un petit peu comme moi. Ça a été très vite simple entre nous et on s’est vite compris. Il peut montrer qu’il est sûr de lui et quand tu apprends à le connaître, tu vois aussi ses failles. Il est authentique et c’est ce que j’aime. Ce n’est pas pour rien que je lui ai demandé d’être le parrain de mon petit. Je voulais quelqu’un qui ait la même vision de la vie que moi, les mêmes valeurs et Lilian a été une évidence.
La fin de carrière de l’autre
Alexandre : C’était hyper frustrant, très dur. Je lui ai remis son dernier maillot mais je ne jouais pas. J’étais blessé. On m’avait demandé de venir mais c’est ce que je lui ai dit en lui remettant le maillot : « Je ne suis pas à ma place, ma place devrait être à côté de toi et de t’accompagner ». Il y avait beaucoup d’émotion et j’aurais aimé être sur le terrain, avec mon pote.
Lilian : Ce fut évidemment différent pour moi. C’était la finale contre Niort. Disons que s’il avait perdu, ça aurait peut-être été différent mais le fait qu’il gagne et qu’il termine là-dessus, tout en haut, au sommet, j’étais soulagé. Il avait sa maison, son travail, les enfants et tu pars sur un titre. Ce n’est quand même pas le cas de tout le monde. J’ai pleuré.
Encore une fois, c’est plus qu’un sport. Alex, je l’ai vu arriver tout en bas, on a joué en Fédérale 3 et je l’ai vu arrêter tout en haut, avec deux Boucliers. C’est un immense privilège et je suis très fier de son parcours, sur et en dehors du terrain, et heureux d’avoir pu être à ses côtés tout au long de ce chemin.

L’heure des anecdotes
Lilian : Ce qui est drôle avec Alex, c’est de jouer avec son côté susceptible. Ça monte au quart de tour et c’est toujours le cas. Par exemple, il m’a déjà laissé sur le trottoir alors que je devais dormir chez lui, tout ça parce que je l’avais un petit peu chauffé en soirée. Il est juste parti en disant : « J’en ai marre ! ». Heureusement, j’ai pu dormir chez quelqu’un d’autre… Mais Alexandre a aussi sauvé mon honneur. C’était lors d’un match à Trignac, un vrai traquenard…
Il y avait un « contrat » sur ma tête car je m’étais un petit peu chauffé à l’aller. Je me prenais pas mal de coups mais il fallait garder son calme. Mais à un moment donné, dans un maul, c’était trop. J’étais complètement cuit et j’essaie « d’en mettre une » à un pilier. Ma baffe a fait un bruit nul, ridicule et le mec m’a regardé et a rigolé. Dur… mais là, je vois un bras se tendre et mettre une grande gifle au gars… C’était Alex juste derrière moi. Il a lavé mon honneur, et sans carton (rires) !
« Il y a notamment eu le fameux ‘sérénitude’ »
Alexandre : Lilian motivait très bien les troupes avec ses discours mais le problème pour lui, avec deux ou trois autres joueurs, c’est que nous attendions la faute de français, le mot inventé. On aurait dû sortir un calepin avec toutes les folies qu’il nous a sorties. Il y a notamment eu le fameux « sérénitude ».
En plus, cette fois-là, c’était vraiment la dernière phrase de son discours. On se regardait avec les autres en cercle, à l’affût, et on s’est dit : « Ça y est ! » Dur de garder son calme dans ces moments-là, pour lui comme pour nous. Dans le privé, je connais sa femme depuis le collège et elle m’avait demandé comment « pécho » Lilian. Je lui avais juste dit : « Ne le laisse pas mener la danse » (rires).





