Football – Ligue 1 : Estéban Lepaul dans la lignée des plus grands « 9 » du Stade Rennais ?

Esteban Lepaul dans la lignée des plus grands « 9 » du Stade Rennais ?
Adaptation express pour Esteban Lepaul avec le Stade Rennais. @Crédit photo : JRS

Il n’est ni le plus grand, ni le plus spectaculaire mais Esteban Lepaul est parmi les plus efficaces « 9 » du 21ème siècle au Stade Rennais. Arrivé avec la pression de son coût depuis Angers (13 M€), il fait taire les critiques et avance, avec efficacité et talent. Jusqu’où ?

Forcément, au-delà de l’esthétisme parfait de son but, cet enchaînement contrôle demi-volée sous la barre transversale réussi à Auxerre a la saveur des buts qui resteront. Dans la mémoire, d’abord mais surtout dans le cœur. Un but inscrit sur les terres bourguignonnes où Esteban Lepaul est né, il y a vingt-cinq ans mais aussi dans l’enceinte où son père, Fabrice, a disputé 37 matchs pour 7 buts et tutoyé le très haut niveau, avant qu’un premier accident de la route ne freine radicalement son ascension vers un destin doré.

« C’est plus une fierté qu’une difficulté »

Le second lui sera hélas fatal, 23 ans plus tard, le 23 mai 2020, emportant celui qui fut international espoir, à seulement 43 ans. Un papa resté l’idole absolue d’un fiston faisant honneur, semaine après semaine, à sa mémoire, que le garçon a toujours évoquée avec fierté et amour. Habité de l’ambition de faire perdurer ce si précieux patronyme dans le football français, il racontait, dans les colonnes de Ouest-France en août 2024 : « Ce n’est pas dur de s’appeler Lepaul car il n’y a aucune comparaison à faire avec lui. En termes de qualités footballistiques, on n’a rien à voir. Il était petit, gaucher et ailier et avait un caractère différent du mien ».

Avant d’enchaîner : « C’est plus une fierté qu’une difficulté. Jouer en Ligue 1, c’était une promesse quand il est décédé. Je le vis comme une satisfaction car c’était ma première mission : il y avait un travail à finir, qu’il avait très bien entamé, même si le palmarès va être très dur à aller chercher. » Le garçon est pourtant engagé sur le bon chemin et son choix de rejoindre Rennes l’été dernier des plus opportuns.

Une adaptation systématique au niveau proposé

Celui qui avait déjà été vu en mode spectateur dans les travées du Roazhon Park est ainsi arrivé cet été au Stade Rennais, affublé d’un prix d’un transfert jugé « élevé » par certains observateurs dit avertis, qui imaginaient peut-être le Stade Rennais en mesure de s’offrir Gonçalo Ramos ou Harry Kane. Pas les épaules, l’expérience, ni le « background » suffisant pour jouer au Stade Rennais. Pire, une star dans un petit club pouvait-on entendre. Foutaise ! Pour s’en convaincre, au-delà des chiffres actuels, il suffit de comprendre et de lire au travers du parcours du garçon.

S’il échoua à s’imposer dans son club formateur de l’Olympique Lyonnais, Esteban Lepaul n’a pas renoncé pour autant. De par son parcours personnel déjà, où la résilience et la capacité à surmonter les épreuves de la vie lui ont forgé un mental d’acier. Le foot est un sport, un jeu. C’est aussi son métier et le natif d’Auxerre est bien déterminé à y évoluer le plus haut possible. Le voilà bien parti, après avoir franchi les étapes et les divisions une à une. Epinal, donc, puis Orléans et Angers, avant d’atterrir dans la dimension du dessus, à Rennes.

Une constante, dans toutes ces étapes : venu de l’étage du dessous, Esteban Lepaul a marqué, très régulièrement, et s’est systématiquement adapté au niveau proposé. Toujours chez Ouest-France, celui-ci définissait il y a deux ans son style dans ces termes : « Je suis un attaquant hybride et polyvalent. Capable de prendre la profondeur, de décrocher, de jouer entre les lignes, d’être un peu plus bas. Mais ma qualité première restera tout ce qui se passe dans la surface : ça, c’est un truc qui est naturel, que je ne pourrais pas changer. » S’il nous avait demandé d’écrire sa définition, nous n’aurions pas fait mieux !

Mieux qu’Alexander Frei ou Martin Terrier pour sa première saison

Dans la lignée des Marco Grassi, Stéphane Guivarc’, Shabani Nonda ou Alexander Frei, Esteban Lepaul a l’obsession du but. Pour sa première saison, l’attaquant rennais fait d’ailleurs mieux que l’idole suisse (2 buts en 16 matchs à l’époque) et peut encore s’aligner sur les débuts costauds du tandem duo Grassi (15 buts en 28 matchs en 1994-1995) Guivarc’h (22 buts en 36 matchs en 1996-1997) ou de celui de Shabani Nonda (18 buts en 36 matchs).

Plus récent, Martin Terrier, dernier buteur de premier plan rennais, n’avait inscrit que 9 buts avec 7 passes décisives lors de sa première saison. Sachant où se placer mais surtout où est placé le but, Esteban Lepaul est un poison constant pour n’importe quelle défense. Un profil qui s’adapte, peu importe la division, à un coach qui saura le faire jouer et évoluer. Habib Beye y est parvenu, un peu, dans un système à deux attaquants, assez discutable.

Franck Haise part plutôt sur une seule pointe avec deux joueurs vifs de percussion dans les couloirs capables de trouver le goleador bourguignon, dans les airs ou dans la profondeur, peu importe, du moment que tout se termine dans la surface : « Il y a des moments où l’on peut avoir un attaquant qui reste haut pour fixer, amener de la profondeur, explique le nouveau coach rennais. Mais attention, il faut aussi que ce joueur amène des supériorités plus bas dans le terrain ou ouvre les espaces. Esteban a les qualités pour tenir ces différents rôles, au-delà de son côté finisseur. »

« J’essaie de faire le maximum à chaque match »

Cette saison, le numéro 9 rennais justifie la confiance placée en lui, avec une moyenne d’un but tous les deux matchs en championnat début mars et trois passes décisives s’il vous plait, soit 15 actions décisives, ce qui vous classe le garçon (23 matchs, 12 buts). Un triplé contre Strasbourg, un but magique à Auxerre mais aussi son premier but en « Rouge et Noir » … à Angers, quelques jours après son transfert, ce qui prouve le mental du garçon. Capable de trouver le cadre dans à peu près n’importe quelle position avec son pied droit aimanté par le but, Esteban Lepaul est aussi bon de la tête, avec un timing souvent inspiré.

Troisième buteur de Ligue 1 derrière Joaquin Panichelli et Mason Greenwood, l’attaquant a pour lui de ne pas tirer les penalties, contrairement à ses concurrents, cinq chacun. Un réalisme qui lui a offert, déjà, l’amour d’un Roazhon Park séduit, malgré une période de disette au cœur de l’hiver : « Je ne sais pas si je suis le chouchou du Roazhon Park. J’essaie de faire le maximum à chaque match. Il y a des matches où on est un peu moins dedans mais j’essaie de combler tout ça par beaucoup d’efforts, beaucoup d’acharnement ». Des stats, de l’abnégation et de la modestie, n’en jetez plus !

Destination l’Europe avec Rennes ?

A l’heure où les avant-centres sont souvent des joueurs polyvalents, coureurs de fond, faisant office de pivot, Esteban Lepaul fait partie d’une espèce en voie d’extinction, des renards de surface, qui ne vivent que pour le but, sans jamais se détourner de leur mission mais aussi capables de sacrifices pour le collectif. Une perle pour un staff, bien conscient de la valeur de son joueur à mettre dans les meilleures conditions possibles pour finaliser.

Et comme le garçon n’est pas du genre à tirer la couverture ou à rechigner, le Stade Rennais peut déjà valider un recrutement réussi. L’homme, lui, tout en simplicité, a parfaitement réussi son adaptation à la Bretagne. Amateur de voitures, de sorties en bord de mer, Estéban Lepaul fait dans la simplicité, loin des codes d’un milieu et d’une génération dans laquelle il se fond pourtant sans souci, avec un seul objectif en tête : aller toujours plus loin, plus haut. Prochain step, pour celui qui les monte un à un, sans se retourner : l’Europe. Cela tombe bien, Rennes ambitionne également cette destination. Embarquement en mai prochain ?

Signature de l'auteur, Julien Bouguerra.

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