Le choc psychologique, le « projet » de jeu aux allures d’expériences de la NASA, les tableaux noirs, le secret des dieux et les coachings gagnants. Les gimmicks en conférence de presse, aussi, expressions répétées jusqu’à la nausée devenant caricaturales puis ce repli sur soi, cette méfiance permanente vis-à-vis d’autre, quand le ciel se couvre. Oui, le métier d’entraîneur recèle de mécanismes pas toujours compréhensibles depuis l’extérieur et encore moins apprivoisables.
Pourtant, un constat s’impose, quel que soit le club voire le sport, même si le foot domine en la matière : un entraîneur ne vit, et ne survit, qu’avec l’adhésion de ses joueurs, plus que jamais propriétaires de son sort et de sa durée de vie dans un club. Le football dessine ce trait jusqu’à la caricature, avec des moyennes de temps passés sur les bancs s’approchant petit à petit de la saison et demie à peine, à Rennes comme ailleurs.
Quelle sera la réalité dans un an ?
Tantôt portés aux nues après quatre victoires de rang, tantôt mis sur le grill, d’abord par les joueurs et leurs entourages après une série négative, puis dans la foulée, par un élan médiatique et populaire allant rarement à contre-courant de la culture de l’instant, dictée par les résultats. Il est si facile regarder chez le voisin pour trouver la cause de ses maux domestiques ou du côté du bureau du coach…Habib Beye, comme Jorge Sampaoli, Julien Stéphan, Sabri Lamouchi et tant d’autres avant eux, été emporté aussi vite qu’il n’est arrivé, ou presque.
Dans dix ans, qui se souviendra de son passage ? A-t-il laissé une empreinte sur les bords de Vilaine ? Objectivement, non… Franck Haise fera-t-il mieux ? Tout le monde, au début, affirmera que oui et le souhaite sans doute, sincèrement, mais quelle sera la réalité dans un an, même jour même heure, même pommes, si l’affaire ne tourne pas tout à fait comme prévu ?
Les entraîneurs changent de club, comme les joueurs, et mènent eux aussi une carrière que l’échec collectif contrarie sur le plan individuel. Sont-ils pour autant des mercenaires, terme qui qualifie souvent les joueurs ? Pas plus que ces derniers. Ils vont là où se trouve le travail, essaient de l’accomplir du mieux possible et doivent composer avec une somme d’individualité tenues de réussir collectivement, à l’inverse des joueurs qui eux, ont le pouvoir de l’action une fois sur le terrain.
Plus souvent usés que lassés
Revenir aux fondamentaux, mettre chacun à la bonne place, dialoguer avec son groupe et « laver les têtes ». Le champ lexical varie selon les contextes mais la vérité reste identique : l’entraîneur, quelles que soient ses idées, sa méthode, sa personnalité reste tributaire du choix, ou non, d’adhérer de son groupe avec, en plus, aucune garantie que cette adhésion ne dure. S’adapter, câliner les égos et sentir les courants d’influence, la psychologie est autant nécessaire que les connaissances tactiques pures.
Le métier n’est pas difficile, il devient presque impossible à tenir dans la durée sauf si l’on s’appelle Pep Guardiola, Luis Enrique ou Jurgen Klopp. Chahutés, ceux-ci ont tenu avant de choisir eux-mêmes de partir, plus souvent usés que lassés. Parce qu’un entraîneur sera toujours moins cher à licencier que 20 joueurs et que tant que le groupe vit bien…
Edito extrait du JRS de mars.





