Stade Rennais – Mercato : 1 record et 3 paris

Mercato Stade Rennais
Sebastian Szymański est arrivé en Bretagne en provenance de Fenerbahçe. @Crédit photo : JRS

Si l’ère Massara fut celle des dépenses folles sur des joueurs peu référencés, place désormais aux ventes XXL. Et ce mercato d’hiver, qui interroge sur l’impact immédiat potentiel des trois recrues rennaises, restera comme celui où Rennes a validé près de 100 M€ sur deux joueurs formés au club avec à peine 60 matchs de Ligue 1 à eux deux. Dingue !

Les montants donnent le vertige, sont tout simplement hallucinants, surtout au moment où l’austérité est de mise, partout, dans le football. Dans le football français, oui. En Arabie Saoudite, au Qatar ou encore en Angleterre, il est toujours possible de tuer tous les records, de dépenser un argent indécent dans tous les sens. Que vaut un joueur, comment fixer un montant, comment aussi ne pas s’interroger sur un système où les relations clubs et agents sont de plus en plus partie prenante ?

Autant de questions auxquelles aucune réponse claire n’existe, alors posons les chiffres, froidement, avec lucidité. Près de 72 M€ sont évoqués (le record précédent du club, avec le transfert vers Manchester City de Jérémy Doku à 65 M€, est dépassé) pour Jérémy Jacquet, qui rejoindra Liverpool en juillet. Agé de 20 ans, le défenseur central international espoir compte pour le moment 36 matchs de Ligue 1 dont 30 avec Rennes. Ses qualités sont évidentes, crèvent les yeux et ont séduit les plus grands clubs.

Le contrat d’une vie pour Kader Meïté

Liverpool emporte la mise, le choix sportif est incontestablement excellent pour le joueur même si la concurrence sera toute autre qu’en Bretagne avec Van Dijk et Konaté mais le garçon, encore jeune, a aussi le droit d’apprendre au contact des plus grands. Comme Habib Beye l’a reconnu, Rennes ne pouvait pas lutter et le choix des Reds apparaît également à tous bien plus pertinent que celui de Chelsea et son armée mexicaine, où une tribune sera bientôt nécessaire plutôt qu’un vestiaire pour loger tous les joueurs sous contrat.

Plus surprenant vu de l’extérieur, le départ de Kader Meïté à Al Hilal. Cette fois-ci, ce sont 35 M€ qui ont été mis sur la table par le club saoudien, pour en faire le remplacent de Darwin Nunez et Karim Benzema. Avec une petite trentaine d’apparitions en Ligue 1 pour cinq buts inscrits, à seulement 18 ans, le voici donc parti pour le contrat d’une vie qui ne se refuse pas, alors que vous n’êtes absolument pas indiscutable dans votre club et qu’une telle offre tombe.

Point de refus possible ni pour le joueur, qui aura tout le temps de revenir en temps voulu en Ligue 1 ou d’atterrir en Premier League s’il confirme sportivement ses qualités, ni pour le club, en besoin d’argent malgré l’idée reçue d’un actionnaire pouvant remettre au pot éternellement. En ce sens, Seko Fofana part lui aussi en prêt, six mois à Porto, sans que les détails d’une option d’achat ou prise du salaire aient filtré.

Trois arrivées complémentaires de l’effectif en place mais prêtes dans combien de temps ?

Sans coupe d’Europe depuis deux ans mais avec le train de vie d’un club la disputant encore, le Stade Rennais, comme tous les autres clubs français, doit vendre pour équilibrer ses comptes. Les ventes définitives de Leo Ostigard (2,5 M€ selon Transfermarkt) et Andres Gomez (4,5 M€) sont ainsi également bonnes à prendre, avec un total de 42 M€ pour ce mercato d’hiver en attendant les 72 M€ de Liverpool l’été prochain. Le jackpot, messieurs dames, avec une seule perte incontestable côté terrain en la personne de Jérémy Jacquet.

Côté arrivées, Rennes n’a cette fois-ci pas cédé aux folies sur les montants, au grand dam d’observateurs comme de supporters en manque de frissons. Le prix d’un transfert assure-t-il sa réussite ? Au regard des deux saisons écoulées, pas sûr… Trois joueurs renforcent ainsi l’effectif, tous dans le secteur offensif, avec chacun des profils différents et des arguments pour réussir en Bretagne mais sans certitudes à court et moyen terme et surtout, avec le doute d’être apte de suite.

Premier arrivé et déjà aperçu en championnat, Sebastien Szymanski, profil milieu offensif plutôt axial pouvant aussi jouer sur un côté, arrive de Fenerbahçe, où il ne jouait plus, pour 9,5 M€ et aura « besoin de temps », dixit son coach, pour s’adapter à la Ligue 1. Une denrée dont le Stade Rennais manque pour rester dans les clous de ses objectifs. Le talent semble là mais les vidéos highlights ne peuvent être une garantie.

Et si le bonheur était dans le prêt ?

Même chose pour Yassir Zabiri, jeune espoir du football marocain, brillant au dernier mondial U20, recruté dans les dernières heures du mercato pour 10 M€ du côté de Famalicao (20 matchs, 7 buts) au Portugal. Un potentiel identifié, plutôt avant-centre pouvant aussi jouer sur les côtés, qui aura ses preuves à faire et un niveau Ligue 1 à acquérir, notamment athlétiquement, ce qui ne se fait rarement en trois semaines… Un pari, coûteux mais reconnu comme judicieux par beaucoup d’observateurs, l’attaquant numéro 3 comblant le départ de Kader Meïté.

Arnaud Nordin, enfin, 27 ans, connait parfaitement la Ligue 1 qu’il a arpentée à Saint-Etienne puis Montpellier, disputant 8 saisons dans l’élite avec au total 223 matchs pour 37 buts et 22 passes décisives. Des statistiques plus qu’honnêtes mais à relativiser avec des descentes vécues dans le Forez puis dans l’Hérault et une expérience allemande plus que compliquée à Mayence, qui le prête six mois au Stade Rennais : 6 matchs la saison passée, 18 cette saison et aucun but ni passe décisive, avec un temps de jeu limité.

Complexité d’adaptation au plan de jeu, à l’environnement ou au pays, tout est possible mais le joueur doit rebondir, si possible vite. Le pourra-t-il physiquement et pourra-t-il être rapidement compétitif ? Son profil de joueur d’aile percutant tranche en tout cas avec les autres et pourrait surprendre les sceptiques. En cas contraire, le déclin du joueur constaté depuis deux ans serait confirmé et la suite probablement à vivre loin de la capitale bretonne. Et si le bonheur était dans le prêt ?

Signature de l'auteur, Julien Bouguerra.