Basket – Nationale 1 : Hugo Kamdem, une ascension loin des sentiers battus

Portrait d'Hugo Kamdem.
A la découverte d'Hugo Kamdem. @Crédit photo : JRS

Désormais bien installé dans la rotation de Bastien Demeuré, Hugo Kamdem est pourtant loin d’avoir eu un parcours facile dans le basket, franchissant les étapes une par une et passant même par la case N3. Ambitieux, le polyvalent 3-4-5 de l’Union Rennes Basket ne souhaite pas s’arrêter en si bon chemin.

Dans le cadre de notre « inside » d’octobre lors du fameux déplacement à Vitré, l’entraînement en veille de match avait été riche d’enseignements. Lors de cette séance, Hugo Kamdem est régulièrement replacé par Bastien Demeuré. Si voir un entraîneur réajuster certaines choses n’a rien d’exceptionnel en soi, la persistance du technicien rennais envers son joueur trouve un autre écho : « Bastien est au courant de mes ambitions dans le basket. Nous en avons parlé.

Quand je suis arrivé, il m’a très vite dit qu’il me voyait vraiment comme un joueur pouvant évoluer au haut niveau et comme j’ai les mêmes ambitions, il ne veut pas les gâcher. Ça ne me gêne pas car je préfère qu’on me dise les choses. Cela me permet de corriger et de progresser ». Le numéro 0 de l’URB ne s’en cache pas, son objectif est de rapidement « frapper à la porte » de l’Elite 2.

« Désolé, nous ne pouvons pas te prendre car nous avons un joueur un petit peu plus grand que toi et qui fait pareil, mais trouve-toi vite un centre de formation »

S’il admet aussi volontiers devoir et pouvoir « faire beaucoup mieux », son chemin l’amenant jusqu’en Bretagne n’a jusqu’ici jamais été simple. Contrairement à d’autres joueurs au parcours plus « classique », entre Pôle Espoirs ou INSEP, lui n’y a jamais eu le droit, attendant sa majorité pour quitter Salins-les-Bains, dans le Jura, d’où il est originaire : « J’ai fait toutes mes classes là-bas et j’ai commencé le basket très tôt, à 4 ans, dès que j’ai eu l’âge. J’ai commencé à envisager d’en faire mon métier lors de mes années U15 et U17. Je suis ensuite arrivé en N3 à 16 ans et j’ai vraiment commencé à jouer l’année suivante ».

Le véritable déclic arrive peu après, à 17 ans, quand il commence à passer des tests pour intégrer un centre de formation : « Je me souviens des tests à Limoges. Nous étions vraiment beaucoup, genre 200, et il n’y avait que 30 minutes pour voir les joueurs. À la fin, le coach m’appelle et me dit exactement : « Désolé, nous ne pouvons pas te prendre car nous avons un joueur un petit peu plus grand que toi et qui fait pareil, mais trouve-toi vite un centre de formation. C’est là que j’ai eu le déclic. »

C’est finalement le centre de formation de Saint-Chamond qui l’accueille, un an après un premier départ à Besançon : « Quand j’arrive à Saint-Chamond, je viens pour jouer avec les espoirs mais j’ai très vite été mis dans le bain en faisant la préparation avec le groupe pro. L’année suivante, je me suis entraîné toute la saison avec eux mais sans jouer. Je n’avais pas de contrat et sans ça, tu ne peux faire que cinq apparitions. J’avais demandé un contrat lors de ma deuxième saison mais ça n’a pas été accepté… »

Double projet à Mulhouse, entre N3 et N1

À l’instar de son coéquipier Eliot Thillier, lui du côté de Blois à la fin de son cursus espoirs, Hugo Kamdem cherche alors un club en Nationale 1 pour rebondir. Celui-ci arrivera mais sous la forme d’un double projet, à Mulhouse, entre N3 et N1 : « En sortant des espoirs, je pensais vraiment trouver un contrat en N1. Quand j’arrive là-bas, dans ma tête, c’est pour jouer principalement avec la N1 car j’ai confiance en mon jeu.

J’effectue quand même la reprise avec la N3 mais comme je connais déjà le championnat, ça se passe bien. J’ai ensuite commencé à jouer 5-10-15 minutes avec l’équipe première, jusqu’en décembre, mais derrière plus rien. C’était un choix tactique. J’en garde tout de même un bon souvenir, notamment la coach Lauriane Dolt. Elle m’a beaucoup appris et elle m’a fait passer un gros cap ».

Formé au poste 3 (ailier), il évolue pourtant principalement dans la raquette, en 4 (ailier fort) avec la N1 et en 5 (pivot) avec la N3. « Il est très polyvalent et athlétique », se souvient Arthur Buttner, son coéquipier de l’époque. Une formation d’ailier qu’il va finalement retrouver en Bretagne, d’abord à l’Espace des 2 Rives avec le Rennes Pôle Association : « Quand je suis arrivé avec la N2, je savais que j’allais jouer en 4 mais évoluant comme un 3 ».

« Hugo est un coéquipier discret dans la vie de groupe mais très actif sur un terrain. On pourrait d’ailleurs se demander si c’est la même personne »

Un RPA où il entraîne d’ailleurs les U15 D2 cette saison et où nous avons également questionné son ancien coéquipier Jochen Ravache à son sujet : « Hugo est un coéquipier discret dans la vie de groupe mais très actif sur un terrain. On pourrait d’ailleurs se demander si c’est la même personne. Il arrive beaucoup plus à exprimer ses émotions sur un terrain : rebond autoritaire, cri après un dunk, célébration après un tir… frustration aussi (rires). C’est plus facile de lire en lui sur un terrain qu’en dehors. Hugo est un rêveur…

Pour l’anecdote, en partant pour Maubeuge l’année dernière, le coach demande : « Hugo, tu as bien ton maillot ? » – Hugo sans hésiter : « Oui j’ai vérifié avant de partir ». On arrive à Maubeuge et là… Hugo n’a pas son maillot… Il était inconsolable dans le vestiaire mais contre tout attente, l’arbitre l’a autorisé à jouer avec notre surmaillot et un short noir appartenant à… un joueur de Maubeuge ! Improbable !

Ça n’aura pas suffi pour l’emporter, et forcément, dans ces conditions, Hugo n’avait pas fait un très bon match. Nul doute qu’il doit vérifier trois fois son sac avant de partir en déplacement dorénavant ! » Avant d’enchaîner :« C’est vraiment cool de l’avoir dans son équipe. Il est agréable, facile à vivre, très souriant, poli… et bosseur ! Il a vraiment à cœur de devenir un bon basketteur et il s’en donne les moyens ».

Hugodemka, un tiktokeur derrière le basketteur

Mais alors, derrière son ambition non cachée de jouer en N1, comment se fait-il qu’Hugo Kamdem ait encore accepté de rejoindre un double projet ? Il apporte sa réponse : « Après ma saison, j’espérais une proposition de Mulhouse uniquement pour la N1 mais ils m’ont proposé la même chose. J’ai ensuite attendu un petit peu pour voir les opportunités et Rennes est arrivé. J’avais entendu beaucoup de bien du club et aussi que les joueurs pouvaient vite passer en N1. Ça restait un cap car je passais d’un double projet N3-N1 à un double projet N2-N1 ».

Au terme d’une saison dernière plus que convaincante en N2 avec plus de 17 points de moyenne par match mais aussi quelques apparitions avec l’URB, Hugo Kamdem tient enfin sa proposition en N1 et intègre à temps plein les « Noir et Blanc » cette année. En dehors des terrains, Hugo Kamdem se signale également sur les réseaux sociaux et notamment sur TikTok, sous le nom « hugodemka ».

Sur son compte, il partage, avec humour, son quotidien de basketteur : « J’y pensais depuis très longtemps, dès les espoirs, car j’aimais déjà faire des vidéos pour faire marrer mes potes. Je me suis lancé cette année. Je partage mon quotidien et je donne des conseils aux jeunes joueurs. D’autant plus que je ne sors pas d’un pôle espoirs, par exemple. Je reçois pas mal de questions donc ça prouve que ça sert à quelque chose. Je me marre bien à les faire. J’apprends aussi le montage et ça complète mes journées ».

Également pâtissier à ses heures perdues, Hugo Kamdem doit désormais trouver la bonne recette pour franchir une nouvelle étape dans sa carrière, certes atypique, mais en progression constante.

Signature du journaliste.