Camavinga-N’Zonzi, un duo parti pour durer ?

L’ un est international espoir et révélation de la saison du Stade Rennais. Le second est champion du monde, excusez du peu, arrivé prêté en fin de mercato d’hiver après six premiers mois passés en Turquie à Galatassaray. Le duo verrouille aujourd’hui le milieu de terrain du Stade Rennais avec autorité et talent, et semble incontournable. Sur la durée ? Rien ne peut l’assurer, mais personne ne serait contre !

Il y a quinze mois de cela, alors que cette époque paraît déjà dater d’une éternité, Julien Stéphan prenait les commandes de l’équipe première du Stade Rennais. Ni l’un ni l’autre n’était là, titulaire dans le onze rennais. Steven N’Zonzi arpentait les stades de Série A avec l’AS Roma tandis que le jeune Eduardo Camavinga, certes prometteur, enchaînait encore les matchs en équipe réserve. En Ligue 1, Clément Grenier et Benjamin André régnaient sur l’entrejeu. Désormais, on imagine mal le champion du monde 2018, arrivé fin janvier et le néo international espoir, déjà évoqué pour les A, sortir du onze de départ.

COMPLÉMENTAIRES MAIS PAS INFAILLIBLES

Arrivé pour renforcer la couverture défensive axiale, notamment sur les montées des latéraux et les montée du bloc en position haute, Steven N’Zonzi, qui n’avait jusque-là jamais évolué en Ligue 1, n’a pas traîné à trouver ses marques, même si certains lui reprochent déjà dans les travées du Roazhon Park un manque de vitesse et de spontanéité dans son jeu. Ce serait mal connaître l’ancien sévillan dont la vitesse et l’explosivité n’ont jamais été les premières qualités. Avec lui, comptez plutôt sur une technique assurée et limpide avec le ballon, dont il se sépare toujours avec délicatesse, prenant systématiquement soin de ne pas mettre le receveur de l’offrande dans l’embarras. Joueur à la tête levée, ses choix sont toujours faits dans l’optique de faire avancer le jeu, verticalement ou latéralement, le plus simplement possible à défaut de mettre de la vitesse. Dans le domaine aérien, peu de monde viendra lui contester un ballon, grâce à une taille qui limite d’office la concurrence et un timing intelligent, permettant d’orienter les remises avec aisance. Son influence, enfin, est déjà évidente, avec beaucoup de mots sur le terrain et l’obsession de guider et replacer ses camarades en permanence, sereinement. A ses côtés, un relais parfait est là pour bonifier ce travail de l’ombre. Pour que cela marque tactiquement, il fallait du peps, de la fougue et une capacité à renouveler les courses, les projections et les pressings. Eduardo Camavinga regroupe tout cela, malgré son jeune âge. Harceleur de première, même s’il fait encore un peu trop de fautes au moment de gratter les ballons, le prodige rennais s’il doit peut-être courir un peu plus qu’avec Benjamin Bourigeaud à ses côtés, récupère une liberté émancipatrice devant lui offrir plus de présence offensivement. Plus à avoir peur de monter porter le danger dans la surface adverse pour le numéro 18, le grand Steven ferme la porte en retrait. S’il faut colmater et aider face à un attaquant plus rapide, le champion du monde peut aussi compter sur son jeune partenaire. Complémentaire au possible, le duo a cependant quelques points faibles à améliorer : peu avare en efforts, Eduardo Camavinga pourrait souffrir physiquement avec une densité et un nombre de courses plus important qu’auparavant. Le risque de perdre en lucidité et d’être plus souvent sanctionné par les arbitres arrive alors logiquement et altère quelque peu la complémentarité du tandem.

Autre point négatif, quand son alter ego n’est pas là, Steve N’Zonzi peut se trouver en difficulté sur phase de contre-attaque, en un contre un. Avec le jeu face à lui, l’ancien métronome andalou est difficilement « éliminable» et constitue une tour de contrôle mais aussi un repère pour son équipe. Pris en vitesse dos au jeu, c’est une autre histoire et Eduardo Camavinga, désormais plus haut sur le terrain, ne pourra pas toujours venir en soutien. Aux défenseurs centraux d’anticiper la chose et de permuter quand cela s’imposera avec le champion du monde. Offensivement, enfin, on attend plus de l’un comme de l’autre, au vu de leurs qualités respectives. Sur les coups de pieds arrêtés, le jeu de tête de N’Zonzi doit être un réel atout pour le SRFC, à condition de le trouver lancé au bon endroit. Eduardo Camavinga, pour sa part, a la qualité technique pour attraper le cadre et marquer des buts comme il le fit à Lyon, tout en touché. Le dépassement de fonction pour apporter ce petit plus devant le but adverse sera un vrai plus qui pourrait être décisif dans le sprint final.

CHAMPION’S LEAGUE L’AN PROCHAIN, OUI, MAIS OÙ ?

Au-delà de l’instant, si l’on regarde demain, quelle est la pérennité de ce duo aussi improbable hier qu’évident aujourd’hui ? S’il donne pour le moment entière satisfaction et verrouille le milieu de terrain, plusieurs facteurs laissent pour le moment planer l’interrogation sur un renouvellement de ce choix sur le long terme. Contractuel, d’abord, en rappelant que Steven N’Zonzi n’est que prêté par l’AS Rome jusqu’à la fin de saison, avec un renouvellement automatique d’un an en cas de place sur le podium. Un cas de figure loin d’être assuré, rimant avec un retour assez probable du champion du monde en Italie en juin prochain. S’il doit être convaincu par la viabilité sur le moyen terme du projet rennais au travers de cette clause, le joueur a aussi à prouver qu’il mérite, malgré ses 31 printemps, qu’on lui confie les clés du camion sur la durée. Son salaire n’est pas négligeable et la perspective d’un nouveau prêt bloquerait l’arrivée d’un joueur plus jeune ayant un potentiel de revente à terme.

Autre hypothèse, un départ d’Eduardo Camavinga cet été. Le jeune milieu de terrain affole l’Europe du foot, ce n’est un secret pour personne. Récemment, le Borussia Dortmund a été annoncé comme un prétendant des plus sérieux qui soit avec le projet d’en faire le dépositaire de l’entrejeu, Emre Can étant amené à reculer d’un cran. Par le passé, Ousmane Dembélé avait déjà emprunté ce chemin avant de se perdre au Barça mais on le sait, les liens unissant les deux clubs sont solides, avec un équipementier commun, Puma, pouvant faciliter l’envie de travailler ensemble. Tremplin idéal et équipe de Champion’s League solide au jeu et environnement (public de folie, Bundesliga) excitant, le BVB a les arguments et l’argent pour s’offrir sa cible numéro 1. D’autres mastodontes, dont le Real Madrid, sont également aux aguets sur un joueur que le club pourra difficilement retenir en cas d’offre record. En coulisses, on parle au bas mot d’une offre minimale de 60 M€ pour commencer à discuter, même si l’on devrait tutoyer un montant à trois chiffres avec les sommes vues depuis des mois pour des joueurs bien moins talentueux.

Valeur sûre du marché pour N’Zonzi et joueur à très fort potentiel identifié des plus grands pour Camavinga, on imagine aisément ces deux-là entendre la fameuse petite musique qui fait tant rêver quoi qu’il advienne l’an prochain, à Rennes ou ailleurs… Reste l’aspect contextuel de l’installation définitive du duo, au-delà de tout classement définitif ou transfert hypothétique. Avec le trophée du championnat en Chine, l’Europa Ligue, la campagne de coupe de France et la Ligue 1, sans oublier un match de coupe de la Ligue, le Stade Rennais a déjà disputé cette saison 41 matchs alors que dix matchs restent à jouer. Un calendrier surchargé qui pèse, on le voit régulièrement, depuis quelques semaines sur le numéro 18 du SRFC, utilisé à 35 reprises alors qu’il n’a pas encore soufflé son dix-huitième anniversaire. Ménagé régulièrement depuis plusieurs semaines par son coach, le jeune international espoir devrait entrer en rotation avec Clément Grenier, bientôt de nouveau opérationnel et probablement très bon complément de Steven N’Zonzi au milieu, même si un troisième « harceleur» ayant plus de « caisse » viendrait alors s’associer au binôme (Bourigeaud ou Lea-Siliki ?) pour offrir un nouveau schéma en 4-3-3 à Julien Stéphan. Un retour de Jonas Martin dans cette rotation reste possible, tout comme un replacement au milieu de Jérémy Gélin si besoin.

Si Julien Stéphan n’est pas dans l’optique aujourd’hui de changer un duo ayant équilibré l’équipe dans sa solidité et sa capacité à récupérer et ressortir les ballons, les alternatives et la concurrence sont toujours là et vont amener une émulation bénéfique à tous au moment de lancer le sprint final où, c’est une évidence, le Stade Rennais aura besoin de tout le monde à 100 %.

Julien Bouguerra

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