Jean-Paul Sagnal et la vie en « Rose »

Sur le banc, il est incontournable et là depuis treize ans déjà, aux côtés d’Olivier Mantès. Lui-même gardien à une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, Jean-Paul Sagnal 61 ans, n’a rien perdu de sa verve et de sa passion du handball, de son poste et du plaisir de transmettre son vécu et ses conseils. Coach des gardiennes, le Titi devenu breton ne manque pas d’histoires à raconter.

« Le jour où je n’aurais plus l’envie d’aller à l’entraînement, de faire la route, de préparer mon sac, pas de soucis, j’arrêterais ! ». Non, Jean-Paul Sagnal n’est pas de ceux qui s’accrochent désespérément à la branche. Sa longévité dans le handball, c’est avant tout une histoire d’amour avec le petit ballon jaune, démarrée il y a peu moins d’un demi-siècle, du côté de la région parisienne. Gamin, Jean-Paul n’est pas du genre calme et effacé : « J’étais un petit turbulent. J’avais pas mal d’énergie à canaliser et on m’a emmené au hand. J’ai accroché puis investi les buts à 14 ans, pour ne plus les quitter ! ». De sa jeunesse en région parisienne, restent les copains, la fête, la joie de vivre et une vraie progression sur le terrain dans le « hand d’hier » : « J’ai grimpé les échelons en toute quiétude et j’ai même pu jouer quelques matchs en première division avec Ivry. Mais attention, le hand d’alors n’avait rien à voir avec la Lidl Starligue d’aujourd’hui. ». Vient le service militaire et un départ aux Antilles, pour une année de bonheur, loin des parquets. De retour, Jean-Paul s’engage avec Alfortville mais subit une lourde blessure à la cuisse, qui marque un arrêt dans la carrière du gardien. Le chant du départ ne tarde pas, sur et en dehors du terrain et l’appel de la terre « sainte » se fait entendre : « J’ai rejoint la Bretagne pour suivre ma femme et je n’ai eu aucun regret de ne pas poursuivre le hand au haut niveau. Je n’étais pas fait pour ça ! Les entraînements, la pression, les matchs à gagner avec la tension et tout cela, non. Moi, le hand, c’était les copains, le plaisir, mon défouloir ! ». A côté des gymnases, Jean-Paul fait carrière en centre de tri chez la Poste et adopte la Bretagne. Il est alors contacté par des collègues pour rejoindre l’équipe corpo du Celar (centre électronique de l’armement)  en 1980. Au détour d’un match contre la BNP, ces derniers réussissent un beau braquage et plusieurs joueurs évoluant au CPB attirent Jean-Paul dans leurs filets ! Démarre alors une belle histoire d’amour avec les « Vert et Noir » où il côtoie notamment sur les terrains Franck Roussel et Marc Fédrix. Evoluant à un haut niveau départemental, il s’éclate : « Plus que le club, ce sont les gens présents auxquels je me suis attaché. L’équilibre boulot-hand était idéal et je me suis vraiment senti bien là-bas, pendant une douzaine d’année ». A l’issue de celle-ci, intervient la rencontre décisive avec Olivier Mantès, qui termine sa saison durant quelques mois lui aussi du côté de Géniaux : « Après ma carrière de joueur, quand Olivier arrive au CPB, je suis à l’entraînement des jeunes gardiens. Il prenait en main dans la foulée les filles du RMH d’alors et m’a proposé de l’accompagner, pour entraîner les gardiennes. 13 ans plus tard, je suis toujours là ! ». Le décor lui, a pas mal changé !

« Avec Olivier, nous avons tissé une vraie complicité »

Aujourd’hui entraîneur spécifique des gardiennes la semaine comme les jours de matchs, Jean-Paul Sagnal parle « d’histoire d’amour » au moment d’évoquer son engagement auprès des Roses : « C’est ma deuxième maison, une famille. J’ai toujours fonctionné à la passion, je ne touche pas un euro et du reste, je n’en veux surtout pas ! Mon plaisir, c’est d’accompagner, d’apporter ce que je peux apporter au club, au groupe. Tant que je prends du plaisir, je continuerais. C’est un bonheur. ». Au départ, à la fin des années 2000, Jean-Paul évolue dans un club qui évolue alors près de la Poterie, où les prestations sont totalement différentes de celles d’aujourd’hui : « Le VIP, les partenaires, ce n’est pas forcément mon domaine mais l’évolution sur ce plan du club est incroyable. J’ai connu les tables avec les paquets de chips et charcuterie posés là, à la bonne franquette. Il y avait déjà la convivialité, ce plaisir d’accueillir et de partager. En dix ans, nous y avons ajouté la forme, la structure, le professionnalisme. Je suis toujours impressionné par l’évolution du club.».  Changement de salle, d’identité et de couleur, il est de toute l’évolution du club et accompagne les gardiennes, toutes plus différentes les unes que les autres. Au petit jeu de la boite à souvenir, impossible pour lui d’en mettre une au-dessus de l’autre : « On tisse forcément des liens sur un poste aussi spécifique, concède-t-il. Certains m’ont sans doute plus marqué que d’autres mais il y a toujours eu beaucoup de respect, d’admiration et d’affection avec mes gardiennes. J’ai un peu un rôle paternel avec elles même si je suis aussi et surtout là pour les amener à progresser, travailler toute la semaine et évoluer. » Son travail ? Simple, efficace, limpide en collaboration avec le coach, sans pour autant outre-passer les prérogatives de l’un et de l’autre : « Avec Olivier, au fil des années, nous avons développé une vraie complicité. Nous fonctionnons avec chacun ses prérogatives. Je prépare les filles toute la semaine aux entraînement, en avant-match puis lui choisit qui joue et fait ses choix pendant le match. Jamais je n’interfère au moment d’un changement ou d’un choix, ce n’est pas mon rôle. Les filles apprennent qui joue à la fin de l’échauffement ou presque et c’est à Olivier que revient ce choix. ».

« Les filles aiment qu’on leur explique le pourquoi du comment »

Avec le duo Marie Lachat-Manon Sol cette saison, Jean-Paul Sagal confie disposer d’une paire ultra-complémentaire, aux qualités différentes mais permettant une rotation très intéressante qui n’affaibilit jamais l’équipe. L’état d’esprit est aussi au rendez-vous et les bonnes performances des derniers remparts « Roses » valident un travail de longue haleine. Mais Jean-Paul, entraîner les garçons ou les filles, est-ce si différent ? Longtemps auprès des garçons, l’ancien gardien d’Alfortville et d’Ivry répond à la question : « Avec les filles, il faut expliquer le pourquoi du comment, ce qui fait que l’on  choisit tel ou tel exercice. Les garçons ont un tempérament plus fonceur tandis que les filles aiment réfléchir au jeu, à la tactique. Les exercices sont souvent avec ballons, plus ludiques et concrets. C’est très enrichissant, j’essaie de m’adapter aux caractères et aptitudes que j’ai face à moi. Chaque gardienne est unique, avec ses qualités et il s’agit de les faire ressortir en match autant que possible. Il faut pour cela nouer une relation de confiance, où le dialogue est primordial. ». Ce dialogue, il est aussi de mise lors des temps mort, où la dimension mentale et confiance prend une grande part mais également en semaine, avec des séances de vidéos basées sur l’échange et l’analyse : « Leur ressenti est essentiel pour comprendre ce qu’il faut travailler. C’est un poste aussi essentiel que compliqué à vivre, à gérer, mais c’est aussi ce qui le rend unique ! ».

Un poste pour une vie, gardien, une famille drapée de Rose, le SGRMH et une passion intacte, celle de la transmission, Jean-Paul est toujours là et plutôt fier de la belle saison des promues brétiliennes dans la nouvelle D2 cette saison : « La marche était sans doute un peu haute pour les play-offs, il n’y a pas de regrets à avoir. Ce qu’on fait les filles, c’est déjà très positif et nous allons nous en servir pour continuer de construire, sur le terrain et autour. Mon cas personnel ? Il importe peu. Aujourd’hui, j’ai l’envie, un immense plaisir à travailler avec Olivier, le staff et le groupe. Le jour où le club désire un souffle nouveau, je laisserai ma place sans souci, c’est la logique des choses. Si je n’ai plus envie, je saurai aussi dire stop, pour ne pas faire l’année de trop. Ce n’est pas le cas, loin de là, aujourd’hui. ». Où comment pouvoir continuer de voir la vie en Rose.

Julien Bouguerra

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