N’en déplaise au pénible Jean-Louis Garcia, coach de Troyes, Ismaïla Sarr n’est pas une « pleureuse » ou un joueur passant son temps à simuler. Rapide, ultra-percutant, il affole les défenseurs et met au supplice certains arbitres, ne sachant plus quoi faire au moindre contact. De quoi relancer le débat sur les « artistes » du championnat de France, pas assez protégé si l’on en croit leurs coaches. Alors, faut-il protéger les joueurs au profil de la flèche rennaise ? Nous avons tranché en vous donnant quelques bonnes raisons de stopper les agressions caractérisées quand l’impuissance rencontre le talent !

Pour le Spectacle.

Ses déboulés sont devenus une véritable signature sur le flanc gauche de la pelouse du Roazhon Park. Au milieu de terrain, l’international pousse la balle et teste ensuite sa pointe de vitesse. Dans cet exercice, il n’est pas sans rappeler un certain Pierre-Emerick Aubameyang, capable parfois d’aller plus vite que le ballon qu’il vient de faire avancer. Loïc Perrin y goûta lors de la venue de l’ASSE tout comme Mathieu Debuchy, loin d’être le premier venu. Les Troyens, eux, furent au martyr. Chaque samedi, rebelote, Sarr prend de vitesse les latéraux adverses, qui s’inclinent même avec l’aide de centraux venant à l’aide. Spectaculaire, Ismaïla Sarr doit en revanche parfaire sa qualité de centre et ses choix dans le dernier choix. Avec de telles différences faites sur la vitesse pure, Sarr a la possibilité de lever la tête, opter pour la meilleure solution voire prendre un appui pour frapper de loin. Encore jeune, il fait cependant lever les foules avec un tranchant dans la prise de balle et un vrai plaisir à provoquer balle au pied. Et c’est bien pour cela que l’on vient au stade, bien plus que pour des passes à dix stériles dans l’entre-jeu. Le football sans vitesse a-t-il un intérêt ? Rien n’est moins sûr !

 

Pour l’Intégrité du joueur.

L’énorme semelle de Kévin Théophile-Catherine au match aller à Geoffroy-Guichard entre Rennes et l’ASSE a coûté douze matches d’absence à l’international sénégalais et trois mois de travail pour revenir à un niveau acceptable. Dès son retour, à Dijon, Florent Balmont, avec la classe qui le caractérise, réalise une véritable agression, non sanctionnée et heureusement, sans conséquences. En coupe de la Ligue, contre le PSG, le numéro 7 rennais a pu goûter aux crampons et à la frustration d’un Kylian Mbappé vexé d’avoir perdu un ballon suite à dix passements de jambes inutiles ! Sortie du terrain avec la chaussette déchirée, ce qui provoqua le courroux de Sabri Lamouchi, il put néanmoins revenir au match suivant. Toujours plus violent, à Caen, Ismaël Diomandé, guère à l’aise un ballon dans les pieds, l’est beaucoup plus au moment de tendre la jambe et d’essuyer ses crampons sur la cuisse du Rennais, une nouvelle fois contraint à sortir…   Face à Troyes, les joueurs de l’Aube réservèrent un traitement de faveur sans conséquences mais bien plus évident qu’une éventuelle simulation sur le pénalty obtenu en début de seconde période. S’il veut finir un match entier, Sarr n’a pas le choix : il doit courir vite…et sauter haut, ce qui est tout simplement scandaleux ! Balmont, Diomandé, Théophile-Catherine, autant de joueurs non sanctionnés quand le joueur aurait pu y laisser peut-être beaucoup plus que quelques semaines d’indisponibilités. Messieurs les arbitres, prenez vos responsabilités et protégez les joueurs rapides et dribleurs… Tous, pas uniquement la diva Neymar…

Indispensable tactiquement.

Aujourd’hui, le Stade Rennais semble avoir trouvé son identité de jeu voire même son onze de départ. Il y a la vista et la qualité de centre de Benjamin Bourigeaud, la percussion et les dribles tout en provocation de Wahbi Khazri et le point de fixation Diafra Sakho. Et pour mettre le feu dans tout cela, créer des permutations, Ismaïla Sarr avec sa vitesse et son explosivité ont un rôle essentiel à jouer. Encore faut-il trouver les bons automatismes, pas encore tout à fait au point mais en bonne voie. A l’image de son déplacement axial contre Saint-Etienne menant à l’égalisation en fin de match, l’ancien messin doit apprendre à sentir les coups et abandonner sa ligne de touche. Cela vient peu à peu mais pourra être plus spontané si les tacles sont moins appuyés à chaque changement de direction.

Des chiffres qui parlent.

Depuis son retour en janvier à la compétition, Ismaïla Sarr, certes, ne termine pas tous ses matches par la faute d’agressions multiples mais le temps passé sur le terrain est largement fructifié ! Contre Dijon, il marque sur un centre de Bourigeaud. A Amiens, il décroche la lucarne et assoie le succès des siens, avant de marquer un but rapportant un point la semaine suivante face aux Verts. Face à Troyes, il provoque le pénalty permettant aux Rennais de débloquer un match fermé à double tour. Au total, depuis son arrivée à Rennes, l’ancien messin en est à 4 buts et trois passes décisives, un bilan tout à fait honorable en seulement 16 titularisations. Impliqué dans 11 % des buts rennais, il a cadré 13 tirs sur ses 35 tentatives. Au nombre de fautes subies, il supplante la concurrence avec 52 fautes déjà sifflées contre lui. Avec 40 centres en 17 matches, il est le cinquième rennais en la matière et doit faire monter les chiffres. Si on le laisse courir, cela doit pouvoir se faire !

Julien Bouguerra