Ils étaient attendus par beaucoup comme victimes expiatoires, incapables d’un exploit voire même de tenir tête à une équipe de Séville certes séduisante à Rennes, mais en danger après le match aller. Ils sont repartis en héros, la tête haute, après avoir terrassé une arrogance espagnole parfois soutenue par nos propres têtes pensantes hexagonales. Un exploit retentissant, sublime !

Il y avait ce fameux match que l’on se joue dans les têtes avant d’avoir même mis les pieds dans l’enceinte l’accueillant. Il y a aussi ces fameuses statistiques, 14 % de chances de qualification après un 3-3 à l’aller, si ridicules face à un simple regard sur l’histoire du football et ses plus grands exploits. Ces certitudes énoncées avec suffisance et dédain vis-à-vis du Stade Rennais, parfois même par le biais d’un pauvre tweet expliquant qu’il y a mieux à faire en ce jeudi soir que de perdre son temps à regarder le Bétis s’amuser de « pauvres rennais » bien trop faibles pour passer. Nous pourrions remplir des pages entières à relater et retranscrire les railleries entendues et vues ici et là par ceux qui avait l’amabilité avec une insupportable condescendance de parler du Stade Rennais après le nul (3-3) de l’année pourtant passionnant à vivre. Oui, le microcosme football va ainsi, aimant dénigrer ce qu’il a pour envier ce que les voisins proposent… Certes, au match aller, le Bétis a eu la balle mais souvent, pour « jouer à la baballe », multiplier les passes latérales ou les changements de côté à 40 mètres des buts de Tomas Koubek. Oui, les « Verts » du Bétis auraient pu (du) s’imposer au Roazhon Park mais s’ils ne l’ont pas fait, n’y-a-t-il pas là une raison en cela, autre que le hasard ?

Méprisés dans les analyses s’appuyant sur un pseudo-match raté des Sévillans, les mérites des Rennais n’en sont que plus éclatants à l’issue de l’exploit réalisé en Andalousie et chacun ayant clamé haut et fort la supériorité andalouse en est quitte à ravaler sa trompette ! Hatem Ben Arfa avait prévenu et fait sourire : « Etre rejoints sur le fil ? C’est peut-être un mal pour un bien. Là-bas, il faudra attaquer ». Bien vu et surtout, bien réalisé ! D’entrée de jeu, Julien Stéphan avait annoncé la couleur et surtout, pris de gros risques en plaçant dans les couloirs Mbaye Niang et Ismaïla Sarr tandis qu’Hatem Ben Arfa et Adrien Hunou étaient placés en attaque. De la folie, de l’audace, une obligation en vue des forces en présence ? Un peu de tout cela, pour un cocktail gagnant ! Face à la qualité technique du Bétis, un pressing continu de 90 minutes apparaissait tout bonnement impossible. Un bloc trop bas et surtout, trop défensif, avec les possibilités Mehdi Zeffane et Jakob Johansson, aurait probablement conduit le Stade Rennais à sa perte. Avec la paire Benjamin Bourigeaud-Clément Grenier à la récupération et chargée des premières relances, la qualité des transmissions était optimale et la possibilité de rapidement trouver les ailes sur de longs ballons ou HBA en appui pour accélérer dans l’axe était concrète et plus qu’adapté au jeu certes léché, du Bétis, mais souvent stéréotypé.

Oui, ce Bétis Séville a quelque chose de beau dans sa qualité de passe, dans ses enchaînements mais rappelle parfois à s’y méprendre le « mauvais Barça », celui de la fin de l’ère Guardiola et de ses redoublements de passes si usants qu’ils en usaient les joueurs eux-mêmes ! Un tiki-taka du pauvre sans buteur, mais aussi sans Messi ou joueur ++, avec la volonté de rentrer dans les buts le ballon aux pieds. Sur ce match retour, les Andalous ont oublié les fondamentaux et en Europe, face à Rennes ou d’autres, cela ne pardonne pas ! Avec une certaine suffisance dans l’approche du match et la sensation donnée de pouvoir marquer quand ils le voulaient, d’être sereins, même à dix minutes de la fin, les joueurs de Seintin ont oublié la base : le combat de chaque instant, le pragmatisme… A force de vouloir épuiser les Bretons, les coéquipiers de Joaquin se sont pris à leur propre jeu ! L’Illustration parfaite ? Cette passe à dix réalisés par les Rennais en toute fin de partie, venant faire prendre conscience, trop tard, aux Sévillans, que la qualification ne leur était pas due, qu’elle était le fruit d’une solidarité et d’un réalisme éprouvé cette fois-ci par des stadistes conquérants ! Un fruit défendu croqué avec appétit par Hatem Ben Arfa et les siens !

Car avant de se résoudre à baisser les armes dans un stade éteint, magnifié par 3000 incroyables supporters rennais ayant fait le déplacement, les joueurs de Julien Stéphan avaient fait le boulot ! Dès la première demi-heure, comme à l’aller, la réussite est au rendez-vous, avec deux buts étonnamment similaires à ceux d’aller, preuve du manque de travail et d’analyse en amont des locaux ! Sur corner, Ramy Bensebaïni surgit et punit une première fois la passivité locale. Un peu plus tard, une action quasi photocopiée de l’aller permettait à Rennes de doubler la mise. Ben Arfa en axial, qui décalait Sarr dont le tir ou centre tendu trouvait Adrien Hunou, en renard des surfaces ! 0-2, KO parfait. La fin de première période n’était que souffrance et solidarité, comme à l’aller, avec la réduction du score de Lo Celso, tout comme les 20 premières minutes du second acte, véritable fort Alamo sur le but d’un Koubek enfin rassurant. Mais peu à peu, avec autorité, Rennes imposait l’évidence et portait le coup de grâce par Mbaye Niang, pas avare d’efforts défensifs en cette nuit parfaite et justement récompensé avec le but de la victoire au fond des arrêts de jeu. 

La victoire, nette et méritée, est longuement fêtée sur la pelouse, par tout un club. Joueurs, staff, supporters peuvent communier et savourer, quelques minutes pour certaines, de longues heures pour les autres, un match qui enfin, rompt cette terrible image de « perdant » coller au Stade Rennais depuis de trop longues années. Non, le SRFC n’est pas un faire-valoir sans ambition venu jouer l’Europe par hasard. De par son parcours, il a déjà fait largement mieux cette saison que Monaco, Marseille ou Bordeaux, tous ridicules cette saison sur la scène continentale. Condamné de tous avant son déplacement à Jablonec, il a su trouver la force, rebondir et s’offrir une vraie et belle épopée, dont on retiendra évidemment Séville en premier lieu, avant d’imaginer de nouveaux exploits face aux Gunners d’Arsenal. Le club a aussi arraché pour de bon cette étiquette provoquant railleries et mépris et suscite désormais une vraie sympathie, au-delà des portes bretonnes ! Cette équipe a son identité, son caractère…qu’un tweet n’a nullement de réduire au mépris, n’en déplaise aux éminences de notre football français. Oui, le peuple « rouge et noir » peut être fier et fêter encore et encore cette nuit folle de février à Séville. 

Julien Bouguerra