Revenu il y a un an et demi dans le club de son cœur, l’URB, Louis Trohel n’est pas qu’un simple joueur au sein de l’effectif de Pascal Thibaud. En pleine formation professionnelle en vue de devenir agent, organisateur de stages d’été pour les jeunes basketteurs, il cumule les casquettes avec la passion du sport en fil rouge. 

« Je suis un gamin du basket rennais et l’URB est mon club de cœur, depuis longtemps. Ici, je me sens chez moi.». La phrase pourrait paraître consensuelle à souhait, destinée à plaire au microcosme rennais mais ce n’est pas le genre du garçon, véritable baroudeur habitué des salles de Nationale 2 depuis une dizaine d’années et rentré au bercail la saison passée.

Meneur de jeu et patron technique au cœur du jeu, où il se partage le temps de jeu avec Lucas Fontaine, Louis Trohel, 29 ans, découvre la Bretagne à l’âge de 8 ans, au gré d’une mutation de ses parents depuis la région parisienne. La maman, professeur à l’IUFM et d’origine bretonne, souhaite rentrer en « terre sainte » aux côtés d’un papa professeur d’EPS. Avec ses deux petites sœurs, Louis fait donc sa place et son chemin en Bretagne, en pratiquant tous les sports. Passionné de foot et supporter du PSG, il trouve peu à peu sa place dans le basket et se fait rapidement repérer. Rapidement, il intègre le pôle espoir de Saint-Brieuc, passe quelques sélections Bretagne puis joue pour l’ASPTT Rennes pendant un an. Au moment de passer senior, il rejoint le Drapeau de Fougères pour sa première saison chez les grands. Là-bas, Patrice Sclear, ancien joueur pro et oncle de Joffrey, son coéquipier aujourd’hui à l’URB, il goûte avec plaisir à son année du côté de Fougères puis joue un an au CPB en N3, puis à Cherbourg, en N2. Déjà la bougeotte, Louis ? « J’ai toujours eu la faculté de m’adapter partout, je le dois sans doute à mes parents, avec qui nous avons beaucoup bougé au gré des différentes mutations. J’ai le contact facile, j’aime aller vers les autres et je n’ai pas hésité à vivre beaucoup d’aventures dans différents clubs, tout au long de ma carrière. ». Après Cherbourg, il revient ainsi à Rennes, où il arrive en 2012 à l’URB, qui vit sa première année sous les commandes de Pascal Thibaud. 

Alors en N2, l’équipe réussit une saison superbe et accède à la Nationale Une. Les sensations sont bonnes, le plaisir est au rendez-vous mais le jeune homme veut jouer : « J’aurais pu rester et découvrir la N1 mais je sais que j’aurais peu joué et j’ai fait un autre choix de vie. Marmande m’a proposé un contrat de deux ans, c’était l’occasion de découvrir une autre région un projet différent et surtout, un contrat à temps plein. J’ai tenté l’aventure. ». Le résultat est bon, avec deux belles saisons et une première expérience pro concluante. La première année, aux côtés notamment du rennais Junior Pehoua, il se régale mais connait, à l’image de l’équipe, plus de difficultés la saison suivante. Bien que le rapport avec le coach Laurent Mopsius soit excellent, Louis choisi de relever un nouveau challenge. Direction Luçon, un club et une ville qui va changer sa vie : « J’ai fait des rencontres pour la vie là-bas. Avant tout, j’ai rencontré Marie, celle qui est devenue ma compagne et en 2016, la maman de mon fils, Lucas. Rien que pour elle, je suis heureux d’y être allé ! Sur le plan du basket, j’ai eu un super feeling avec Laurent Hay, le coach. Il avait voulu me faire venir en priorité, m’avait donné les clés du jeu. Nous avons réalisé une première année exceptionnelle mais malheureusement, le club a connu de grosses difficultés l’année suivante. Le dépôt de bilan a été évoqué et Caen a, à ce moment-là, voulu me recruter. Ils étaient en N1 mais j’avais donné ma parole à Laurent et je suis resté. En fin de saison, le club a déposé le bilan et j’ai encore du repartir… ».

Le long voyage continue alors et Rennes frappe de nouveau à la porte. Alors en play-offs pour retrouver la N1, le club attend une réponse mais une seconde offre fait tout changer : « Le club de l’Ile de Ré m’a contacté, avec, je l’avoue, un gros contrat. Marie était enceinte, je voulais assurer un présent et penser à l’avenir et nous avons choisi l’aspect financier, sans même attendre l’issue des phases finales. Rennes est monté, j’aurais découvert la N1, une nouvelle fois, mais nous sommes partis joué sur l’Ile de Ré. Et j’avoue que ce club, ce fut ma seule vraie mauvaise expérience… ». Là-bas, de nombreuses promesses non tenues, des rumeurs, de mauvais moments et dès la fin de la première saison, un nouveau dépôt de bilan ! « Certains clubs à ce niveau font tout et n’importe quoi… Ils l’ont payé au prix fort et nous sommes partis sans regrets. Rennes est revenu et cette fois-ci, c’était le bon moment, nous n’avons pas hésité. Je voulais rentrer en Bretagne et retrouver « mon » club ! ». 

La NBA s’invite à Rennes !

Revenu dans la capitale bretonne l’an passé, Louis Trohel, s’il travaille toujours dur pour apporter ses qualités au collectif rennais, diversifie son activité au quotidien. A la tête de stages BBSC 35 depuis neuf ans, il voit sa structure d’accueil d’enfants pour des stages d’été de basket mais aussi de loisirs être désormais accompagnée par l’Union Rennes Basket : « J’organise des camps de basket. Au début, c’était avec l’aide de mon père, qui apportait du crédit auprès des parents et son expertise. Puis au fil des années, des amis et joueurs, mais aussi encadrants diplômés m’ont rejoint sur le projet. J’ai créé une structure d’autoentrepreneur et aujourd’hui, ça fonctionne très bien, de façon limpide. ».Toujours dans l’objectif d’aller à la rencontre des enfants, ados et d’accompagner les initiatives, l’URB n’a pas hésité au moment de venir apporter son aide à son joueur dans la réalisation de son projet : « Cette année, nous innovons, après de nombreuses discussions avec Pascal Thibaud, Olivier Perez et Damien Leduc. Nous sommes en échange permanents et ils m’ont proposé de prendre en charge le projet à Rennes. Je n’ai plus en charge l’organisation structurelle mais uniquement sportive, ceci étant inclus désormais dans mon contrat de joueur. Il y aura en juillet deux sessions de cinq jours pour les garçons et les filles de 9 à 17ans. C’est  très ludique, avec du basket avec des enfants licenciés ou non. Cette année, nous aurons de plus la chance d’accueillir Trevon Graham, joueur aux Nets de Brooklyn en NBA accompagné d’Earl Graham, avec qui j’ai joué et que j’ai rencontré l’an passé à Paris. Je lui ai proposé de nous rendre visite cet été et il m’a dit oui. Ce sera unique pour les gamins mais aussi pour tout le basket rennais, c’est une superbe occasion d’échanger et d’apprendre avec eux. ». 

Futur agent de joueur ?

Heureux et épanoui à l’URB, un club aux valeurs « saines et loin de certaines pratiques, hélas, courantes dans le milieu », Louis Trohel prépare aussi l’avenir : « Je suis en train de préparer mes diplômes pour devenir agent de joueur. Aujourd’hui, je m’exerce au scouting en visionnant un maximum de joueurs, en discutant avec beaucoup d’entre eux avec qui j’ai joué et que j’ai croisé. De par mes voyages, j’ai déjà une bonne connaissance de la N2 et de la N3, cela pourra sans doute aider. Aujourd’hui, je travaille avec une agence et mon rôle est d’établir un lien entre l’agence et les joueurs. Quand j’aurais le diplôme, je pourrais alors élaborer les contrats et discuter aussi avec les clubs mais tant que je ne l’ai pas et que je suis joueur en N2, c’est interdit. Je bosse énormément les cours, du droit et mes journées sont chargées entre l’entraînement, les études, Marie et Lucas ! ». De là à envisager une fin de carrière de joueur ? « J’ai joué 11 ans, j’arrive sur mes 30 ans, je pense que la fin se rapproche ! » s’amuse-t-il. « J’ai énormément pris de plaisir et eu la chance de vivre de ma passion. Je n’ai même pas l’impression d’aller au travail quand on parler basket. Si j’ai mon diplôme en 2020, j’arrêterais probablement et démarrerais une nouvelle histoire. » Faire son sac et repartir pour de nombreux voyages ? Un programme probablement loin d’effrayer ce breton d’adoption, qui devrait encore passer de nombreuses soirées à Colette Besson, même loin du parquet, dans un nouveau costume taillée pour sa passion du jeu.

Julien Bouguerra