Recruté à Reims l’été dernier pour un transfert annoncé aux alentours des 9 M€, l’ancien canonnier du Stade Rémois prend peu à peu ses marques en Ligue 1, dans un collectif où son profil demeure atypique. Pas du genre à se prendre la tête, il n’a éludé ni la pression liée au coût de son transfert, ni sa première partie de saison insuffisante en buts inscrits. 

Avant de débuter, petite question que beaucoup se posent encore. Comment faut-il t’appeler ? Jordan, Jordy ?

Jordy, c’est très bien.

Bien Jordy. Comment juges-tu ta première partie de saison rennaise ?

Je dirais « peux mieux faire ». Les choses ont bien démarré en préparation mais j’ai ensuite été freiné par des pépins physiques. Ensuite, j’ai joué mais peiné à marquer. Depuis quelques semaines, je sens que les choses commencent à venir. Avec la répétition des matches, nous avons moins de temps pour ajuster nos automatismes les uns aux autres et nous sommes parfois obligés de le faire en match. Ce n’est pas simple.

Avais-tu d’autres possibilités l’été dernier ?

Oui, il y a plusieurs clubs intéressés mais j’ai tout de suite dis banco pour Rennes. Cela correspondait à mes envies, mes attentes, un club sain, avec un esprit familial et ambitieux. De plus, Hamari, avec qui j’étais déjà très ami à Reims, ne m’a dit que du bien du club, du cadre de vie et j’étais très heureux et enthousiaste à l’idée de le retrouver. 

« Je joue pour les autres »

Y’a-t-il un vrai écart entre ce que tu as connu à Reims l’an passé et le niveau de cette année en L1 et au Stade Rennais ?

Bien sûr.  Chaque année, la Ligue 1 est un peu plus forte et il faut du temps pour s’adapter, que ce soit tactiquement, techniquement ou physiquement. Le groupe du SRFC est très homogène, fort. L’alchimie vient petit à petit et nous sommes sur la bonne voie. Sur le plan personnel, l’adaptation a pris un peu de temps mais je me sens de mieux en mieux. Je sais ce que l’on attend de moi ici.

Justement, comment définirais-tu ton rôle ?

Je suis un joueur de remise, de pivot. J’essaie de me mettre à la disposition de mes coéquipiers pour les mettre dans les meilleures dispositions. Il y a des garçons très vifs, dribleurs et percutants dans l’effectif, je dois pouvoir être un point de fixation pour eux. C’est en train de venir. Moi, je suis plus un joueur de surface, de duel et de finition. 

Tu es un numéro 9 paradoxal, altruiste et au service du collectif. Souvent, c’est l’inverse…

C’est vrai. Je joue pour les autres, au service du collectif. Si je peux marquer ou partir de l’extérieur de la surface, je ne vais pas me priver mais mon rôle est clairement défini.

Un peu comme Brandao à une certaine époque. Est-ce un compliment si je te compare à lui ?

Bien sûr, c’est un joueur qui donnait tout sur le terrain, se battait, créait des situations et des espaces et, marquait tout de même quelques buts ! C’était un profil atypique mais efficace et important dans une animation considérée dans son ensemble. 

As-tu payé, injustement car tu n’en es pas le responsable, le poids de ton transfert dans les critiques que tu as pu recevoir depuis le début de saison ?

Comme tu le dis, ce prix, ce n’est pas moi qui l’ai fixé et il ne tombe pas dans mes poches. Cependant, je peux comprendre les critiques et ou l’impatience des supporters, qui attendent sans doute plus… Moi aussi je veux et peux mieux faire. Je me concentre à 100 % sur le terrain, en match comme à l’entraînement, et essaie de donner le maximum. 

Comment as-tu vécu le changement d’entraîneur ? A-t-il eu une influence sur ta saison ?

Sincèrement, j’ai eu de bons rapports avec Sabri Lamouchi, qui m’a fait confiance, m’a donné du temps de jeu et me demandait plus, logiquement. Il m’a toujours encouragé, même quand je ne jouais pas. Avec Julien Stéphan, il y a peu de différences et lui-même avait annoncé en arrivant qu’il n’allait pas tout révolutionner. Il y a une continuité même si bien sûr, il existe toutefois quelques petites différences.

Quelles sont tes ambitions pour cette année 2019 ?

J’espère apporter le plus possible à l’équipe, marquer plus de buts. Nous sommes des compétiteurs et nous voulons gagner tous les matches. Pour le moment, nous n’avons pas fixé d’objectif en tant que tel, nous prenons les matchs les uns après les autres. Nous verrons où cela nous mène. 

Un dernier mot sur la sélection nationale. Tu disposes de trois choix : France, Cameroun ou Etats-Unis. As-tu déjà réfléchi à la question ?

Sincèrement, à ce jour, la question ne se pose pas. J’ai grandi en France, j’ai de la famille aux Etats-Unis et mes parents sont originaires du Cameroun. J’ai des affinités avec les trois pays, le jour où il faudra choisir, nous verrons bien, je ne me prends pas la tête avec ça pour le moment. 

Recueilli par Julien Bouguerra